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Reçu — 25 février 2026 De tout et de rien

L’art délicat de la démocratie par les bombardements

25 février 2026 à 20:32

Une intervention militaire étrangère peut-elle apporter la démocratie ? L’expérience semble montrer que ce n’est pas le cas. Pourtant, il existe quelques exceptions. L’Iran peut-il être l’une d’entre elles ?

Renverser les mollahs à Téhéran

Ce n’est peut-être pas, hélas, l’objectif prioritaire de la Maison-Blanche, qui a massé des forces militaires sans équivalent depuis plus de vingt ans et lancé à Téhéran un ultimatum expirant début mars, dont les termes sont clairs : signez un accord acceptable sur le nucléaire, les missiles balistiques et la fin des ingérences régionales, sinon…

Sinon, Washington déclenchera des raids aériens massifs détruisant non seulement les sites nucléaires et balistiques des mollahs, mais aussi (peut-être) son appareil de répression. Ce qui ouvrirait la voie à une nouvelle révolte pouvant emporter, cette fois, la République islamique. Comme un effet collatéral heureux d’une intervention ayant d’autres motivations. Un scénario plausible au risque toutefois de l’inconnu, même si est grand l’enthousiasme à l’idée de voir tomber un régime sanguinaire qui déstabilise le Proche-Orient. Car, au sein de l’opposition, monarchistes, républicains laïcs et ex-marxistes-léninistes se détestent cordialement, même s’ils tentent de se rapprocher depuis peu après plusieurs échecs. Ce qui pose la question : une intervention militaire extérieure peut-elle imposer la démocratie en général, et en Iran en particulier ?

Les raisons des fiascos

« Non, la démocratie n’arrive pas dans les valises des chars et les soutes des bombardiers d’un pays étranger », est la réponse, quasi instinctive, de la plupart des politiques et analystes. Ce qui peut se comprendre. Si la démocratie pouvait se décréter par la volonté des canons de puissances étrangères, la tentation serait grande de multiplier de telles interventions dangereuses entachées d’un paternalisme néocolonial.

En outre, les précédents historiques montrent bien plus d’échecs que de succès, faute de tenir compte de la complexité des dissensions politiques, ethniques et religieuses locales. Ne pas oublier non plus l’effet de ralliement autour du drapeau pouvant désigner l’étranger comme un « ennemi commun ». Même accueillies en sauveurs, les armées étrangères sont rapidement considérées pour ce qu’elles sont : des forces d’occupation. Qui devront partir pour laisser un peuple chercher seul de nouveaux équilibres institutionnels et partisans. Et précisément, après des décennies de dictature sanglante, ledit peuple manque de figures expérimentées, sauf dans les prisons, les cimetières ou en exil. Mais aussi, et surtout, de fondements institutionnels capables de piloter une marche pacifique vers le multipartisme, la liberté d’expression et de la presse.

Quelques contre-exemples

Mais ce dogme mérite d’être questionné. Il existe quelques contre-exemples historiques, à commencer par la première installation de la démocratie dans un grand pays européen, l’Angleterre à l’issue de la Glorieuse Révolution de 1688 ; le renversement du roi Jacques II par le corps expéditionnaire d’un prince batave (et son gendre), Guillaume d’Orange. L’instauration de la monarchie parlementaire y a ouvert la voie à deux siècles de stabilité et d’État de droit ; plus aucune révolution, situation insurrectionnelle, ou guerre civile, n’ont émergé depuis, alors que l’histoire de ce pays en était truffée à l’époque.

Plus récemment, en revanche, la plupart des tentatives ont échoué. Même si viennent à l’esprit quelques transitions réussies après la chute du nazisme en Allemagne, de Mussolini en Italie et de l’impérialisme japonais, en 1945. Des cas toutefois exceptionnels, avec des régimes hyper-criminels de guerre capitulant sans conditions et des pays intégralement occupés. Rien à voir avec ce qui pourrait s’envisager aujourd’hui, où le cahier des charges implicite défini par l’opinion publique occidentale est : peu de morts civils dans le camp d’en face, pratiquement aucun parmi nos militaires et une transition ordonnée. Quitte à oublier ce que disait Mark Twain : « Ceux qui veulent la démocratie sans un peu de désordre sont comme des paysans qui voudraient la pluie pour leurs récoltes mais sans les orages »…

Trois échecs majeurs et une illusion

La stratégie de « regime change » a ainsi connu trois échecs majeurs : en Afghanistan, les talibans renversés en 2001 sont revenus inéluctablement vingt ans plus tard, sans devenir « inclusifs », comme l’espérait avec une infinie naïveté, ou un cynisme consommé, Jean-Yves Le Drian, alors ministre des Affaires étrangères. Les États-Unis avaient mal évalué les complexités des inimitiés entre ethnies dans ce « cimetière des empires ». Leur action pouvait être résumée par la formule du sénateur Charlie Wilson, l’instigateur de l’aide américaine aux adversaires afghans des Soviétiques après leur invasion en 1979 : « On a tout bien fait au début et ensuite on a merdé, comme d’habitude ».

En Irak, après le renversement de Saddam Hussein, Washington a notamment sous-estimé – et surtout méconnu – les antagonismes entre chiites, sunnites et kurdes, conduisant à des arrangements et des rivalités dignes d’un mobile de Calder. Aussi, croire pouvoir tenir un pays de 27 millions d’habitants avec 130 000 soldats était particulièrement naïf. Quant à limoger les officiers sunnites de l’armée pour cause d’adhésion au parti Baas, et mettre ainsi au chômage 20 000 hommes formés à tuer pour qu’ils rejoignent Daech, ce n’était pas l’idée du siècle.

Enfin, après l’élimination de Kadhafi par les armées française et britannique durant le Printemps arabe, la démocratie n’a pas pu prendre racine dans un pays ravagé par 42 ans de terreur et de surveillance, surtout sur fond de pillage des arsenaux du régime.

Et si, il y a quelques semaines, certains ont rêvé que la capture du président vénézuélien, Nicolás Maduro, ouvrirait la voie à la démocratie, il ne faut pas se faire trop d’illusions. Le régime a sauvé sa peau en sacrifiant son numéro un lors d’un raid où il est invraisemblable que ses 32 gardes du corps cubains aient été neutralisés en quelques minutes par un commando américain héliporté et rentrant indemne. Or, leur élimination par une unité aux ordres de la vice-présidente Delcy Rodríguez paraît bien plus probable, signant une collusion avec l’Amérique dont le rétablissement de la démocratie n’était visiblement pas la priorité. Preuve en est la nouvelle tendance des deux pays à s’entendre comme larrons en foire, par la grâce de négociations encore inabouties sur les questions pétrolières.

Les leçons de l’Argentine et de la Serbie

Mais le pire n’est pas toujours sûr. On peut lister l’intervention américaine à Grenade en 1983 contre une dictature marxiste-léniniste, appuyée par quelques pays des Caraïbes, ayant vu la Première ministre de la Dominique, Eugenia Charles, saluer Ronald Reagan en ces termes cavaliers et laudateurs : « Mister President, you have big balls ! ».

Il en est de même du renversement du président gambien, Yahya Jammeh, ayant refusé de reconnaître une défaite électorale en Gambie en 2016 et éjecté de son poste par la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest), menée par le Sénégal. On citera surtout l’Argentine, où la junte militaire totalement discréditée par l’humiliation nationale de la défaite face au Royaume-Uni durant la guerre des Malouines en juin 1982, a jeté l’éponge l’année suivante. Et la Serbie, en octobre 2000, où une révolte populaire majoritairement pacifique a emporté le régime délégitimé de Slobodan Milošević – affaibli par la perte du Kosovo suite à l’intervention de l’OTAN en 1999 –, ne faisant que 2 morts et 65 blessés, après des années de guerres fratricides et meurtrières.

Le point commun à ces opérations réussies ? Tout d’abord, pas de troupes étrangères sur le sol national et des pertes civiles faibles (aucune en Argentine). Les interventions militaires ont discrédité les régimes, mais ce sont les peuples qui ont achevé le travail. Deuxièmement, une situation économique, sociale et des libertés publiques très dégradées, accompagnées d’une inflation galopante, de pénuries critiques, d’une corruption endémique et d’un isolement international ayant rendu le régime très impopulaire. Troisièmement, une société civile relativement robuste, avec des syndicats, des ONG, des mouvements d’opposition tolérés, comme celui des mères de la place de Mai à Buenos Aires, ou Otpor (financé par Washington) à Belgrade, et des institutions étatiques fonctionnelles et pas entièrement peuplées de partisans du régime.

Une expérience préalable de la démocratie constitue aussi un plus, voire un must. Il faut admettre que la plupart des expériences réussies d’établissement de la démocratie par une intervention militaire extérieure ont plutôt été un… rétablissement ! L’Allemagne de 1945 avait connu une expérience d’État de droit robuste au XIXe siècle, quoique sous un régime autoritaire, ainsi qu’une période démocratique, bien que brève, avec la République de Weimar, malgré ses faiblesses originelles. Idem pour le Japon avec la période libérale Taisho entre 1913 et 1926. Grenade et la Zambie entrent aussi dans ce cas de figure. Quant à l’Argentine, elle avait vécu la majorité du temps sous le régime du multipartisme et des élections libres lors du siècle ayant précédé la junte militaire en 1976. La démocratie prend généralement du temps pour s’installer solidement. Rappelons que concernant la France, par exemple, il a fallu huit décennies et une ribambelle de révolutions, de coups d’État et de guerres perdues pour y parvenir.

Cinquième critère : des forces de répression qui n’étaient plus prêtes à « tirer dans le tas », comme résignées et conscientes de l’échec politique du régime qu’elles servaient. Les manifestants serbes ont ainsi pris d’assaut au bulldozer le siège de la télévision publique, puis le Parlement le 5 octobre 2000 sous l’œil placide de la police… voire en profitant de la complicité d’une partie du régime. La plupart des révolutions ont une composante discrète de coup d’État. Et la junte du général Galtieri à Buenos Aires a passé la main sans combattre.

L’Iran cocherait-il ces cases en cas de raids aériens américains ? Les points 1 et 2 certainement, un peu le point 3, considérant l’existence d’une société civile plus robuste qu’on ne pourrait le penser après 47 ans de théocratie, comme le montre le courage des étudiants ayant repris ces derniers jours leurs manifestations. L’Iran ne coche pas vraiment le point 4, malgré des ébauches de tentatives de démocratie jadis, mais sa jeunesse en grande partie éduquée et occidentalisée permet d’espérer. En revanche, pour le point 5, les Gardiens de la révolution et consorts semblent déterminés à ne rien lâcher…

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Blood-drunk shooter Ultrakill is back with a whole hellworld full of lies, portals and non-Euclidean spaces | Rock Paper Shotgun

25 février 2026 à 15:50
Oh la vache... un boomer-shooter avec des espaces non-euclidiens, ça va donner !
(Si à l'occasion vous avez la possibilité de jouer à Hyperbolica, je vous recommande. Je surnomme ce jeu "Gerbotron".)
(Permalink)

Bcachefs creator claims his custom LLM is 'fully conscious' • The Register

25 février 2026 à 14:00
Oh misère... bcachefs avait l'air d'être en voie pour être le nouveau système de fichier tout beau tout neuf de Linux, pour remplacer un ext4 vieillissant. bcachefs est un système de type Copy-on-Write comme btrfs et XFS, apportant des fonctionnalités intéressantes.

Mais son développeur est parti en sucette. Non seulement il développe avec de l'IA, mais il maintient mordicus que 1) son IA est réellement consciente  2) que c'est une femme.
(PS: Une LLM ne peut pas être consciente, c'est un générateur statistique de texte.)

Ah les dégâts psychologiques des LLM... surtout avec toutes ces sociétés qui font tout pour anthropomorphiser leurs LLMs (présentation sous forme de chatbot, LLM qui sont faites pour présenter des "excuses", pour faire semblant d'avoir des sentiments ("je suis désolé"), etc.)
(Permalink)

Hauk | F-Droid - Dépôt d'applications pour Android libres et open source

25 février 2026 à 13:49
Si vous avez besoin de partager votre position en temps réel sans donner votre âme à Google, voici une solution simple et qui marche bien :
- installez cette application sous Android.
- dans les paramètres entrez l'adresse du serveur : https://hauk.live/
- activez le partage.
- partagez l'URL obtenue.

Cette URL est valide pendant un temps limité et vous pouvez couper le partage de position à tout moment. La personne qui reçoit l'URL n'a pas besoin d'une application spécifique : Elle l'ouvre dans un navigateur, et votre position s'affiche en temps réel sur un fond de carte OpenStreetMap.
Le lien peut expirer au bout d'un certain temps (à votre convenance, mais c'est 6 heures max sur le serveur hauk.live).

La partie serveur est même auto-hébergeable.
https://github.com/bilde2910/Hauk


EDIT: À tester également : https://apt.izzysoft.de/fdroid/index/apk/xyz.zood.george
(https://www.zood.xyz/)
(Permalink)

La DGSI accusée de bloquer l’adoption d’une loi renforçant la cybersécurité - Next

25 février 2026 à 12:46
La DGSI (Direction Générale de la Sécurité Intérieure) veut réduire notre sécurité. Cherchez l'erreur.

Notez bien aussi : "La DGSI ne parviendrait en effet à pirater que 25 à 30 % des smartphones seulement."
Ce qui veut dire qu'Apple et les fabricants de smartphone Android ont fait des efforts pour améliorer la sécurité. (Et c'est malheureusement aussi pour ça qu'il vaut mieux ne pas se traîner des smartphones avec de vieilles versions d'Android qui ne recoivent plus de mises à jour.)
(Permalink)

Insécurité : les caméras de vidéosurveillance font-elles vraiment baisser la délinquance dans les communes ? - franceinfo

25 février 2026 à 12:32
La police : "On veut de la vidéosurveillance !"

La vidéosurveillance, ça marche pour faire baisser la criminalité ?
- Les mairies : "On sait pas !"
- La police : 🤐
- Les faits : ça ne change rien.

Extrait :
"Il y a 6 ans, la Cour des comptes pointait l'absence de lien entre vidéosurveillance et baisse de la délinquance :"Aucune corrélation globale n'a été révélée entre l'existence de dispositifs de vidéoprotection et le niveau de la délinquance commise sur la voie publique ou encore le taux d'élucidation".

En 2021, une autre enquête a été réalisée pour le compte de la gendarmerie et a passé au crible près de 2 000 affaires judiciaires. "On n'a pas identifié de différence de niveau de résolution sur les communes équipées ou sur les communes non équipées de vidéoprotection de voie publique", explique son auteur, Guillaume Gormand, chercheur à Sciences Po Grenoble - Université Grenoble Alpes, qui en est arrivé aux mêmes conclusions."

Donc dépenser des millions d'euros d'argent public pour une technologie de surveillance innefficace qui détruit un peu plus la vie privée des citoyens, ça ne me semble pas un super choix.
(Permalink)

Why OOXML Is Not a Standard Format for Office Documents - FOSS Force

25 février 2026 à 10:32
Ces derniers temps LibreOffice rage contre OnlyOffice. Son argument est que ce dernier, en utilisant le format OOXML (le format de Microsoft : .docx/.pptx/etc.) ils font le jeu de Microsoft. Et ils ont raison.
La spécification de OOXML fait plus de 7000 PAGES (!), et même Microsoft n'arrive pas à implémenter correctement sa propre spécification.
À titre de comparaison, la spécification d'OpenDocument (LibreOffice/OpenOiffice) fait environ 700 pages.
Et oui : Microsoft a créé OOXML *uniquement* pour faire la nique à OpenOffice à une période où tout le monde était sur le point de basculer sur OpenOffice.

Donc les Logiciels Libres (LibreOffice, OnlyOffice...) font de leur mieux pour lire correctement le format de Microsoft (OOXML). Et de son côté Microsoft a implémenté comme une merde la lecture des documents OpenDocument/LibreOffice.
Conséquence: Que pensent les utilisateurs ? Que LibreOffice c'est de la merde, puisque quand on ouvre ce format dans Microsoft Office ça fait de la merde.
Bien joué Microsoft.
(C'est un grand classique de Microsoft: Faire mine de supporter un format concurrent, mais le supporter comme une merde, et inventer son propre format qui bien sûr marche bien sans ses propres outils.)

À titre personnel quand on m'envoie un document Word, je réponds "Je ne peux pas le lire, je n'ai pas Word. Pouvez-vous m'envoyer un document PDF ou un document LibreOffice ?"
Oui je fais chier mon monde, mais j'en ai marre que tout le monde considère normal de filer du fric à Microsoft.
(Permalink)

Note: Stardew Valley - Choses vues, sur le web et ailleurs

25 février 2026 à 10:22
Ouais, je trouve aussi que ce jeu est extraordinaire.
Tu joue juste "comme ça" et tu te retrouves vite accroché. Il y a des tonnes de choses à faire et découvrir, mais à aucun moment le jeu ne te met la pression. Chacun joue à son rythme. C'est presque un jeu "doudou". Un jeu qui fait du bien.
C'est devenu un grand grand classique du jeu vidéo (il suffit de voir le nombre de jeu qui s'en inspirent sur Steam !).
(Permalink)

Des dirigeants de Microsoft craignent que l'IA ne supprime les emplois de codeurs débutants, Russinovich et Hanselman affirment que les entreprises doivent former les juniors et non les remplacer

25 février 2026 à 07:13
Microsoft : Dépense des dizaines de milliards de dollars dans une technologie pour soit-disant "remplacer" les gens.
Also Microsoft : "Non mais attendez, faut pas remplacer les gens !"

Ben comment vous dire... c'est vous qui poussez à ça, non ?
(PS: J'ai une énorme estime pour Mark Russinovich, et je comprend que ça le fasse hurler.)
(Permalink)
Reçu — 24 février 2026 De tout et de rien

Alors ouais, ptèt qu'il faudrait se poser les bonnes questions.

Tristan K. @tristankamin.bsky.social replied:
Alors ouais, ptèt qu'il faudrait se poser les bonnes questions.

Ptèt que le problème c'est d'avoir construit et entretenu l'image d'un mouvement antinucléaire, certainement pas écologiste. D'assumer préférer les énergies fossiles au nucléaire, depuis le début.

Énergies bas-carbone, mobilités douce, sensibilité écologique encore bien implantée...

Tristan K. @tristankamin.bsky.social replied:
Énergies bas-carbone, mobilités douce, sensibilité écologique encore bien implantée...

C'est un territoire de rêve pour un projet @lesecologistes.fr.

Malgré tout, il est évident qu'il vaut mieux qu'ils se fassent discrets.

De plus, tant grâce aux efforts de la ville et la communauté d'agglo qu'à la bonne volonté des habitant·e·s, les déplacements en vélo et en transports...

Tristan K. @tristankamin.bsky.social replied:
De plus, tant grâce aux efforts de la ville et la communauté d'agglo qu'à la bonne volonté des habitant·e·s, les déplacements en vélo et en transports en commun paraissent augmenter en proportion à vue d'œil.

Ouais. Les écologistes mal vus dans un territoire majeur de l'énergie bas-carbone (électronucléaire, traitement-recyclage des matières nucléaires, ind...

Tristan K. @tristankamin.bsky.social posted:
Ouais. Les écologistes mal vus dans un territoire majeur de l'énergie bas-carbone (électronucléaire, traitement-recyclage des matières nucléaires, industries de l'éolien offshore, territoire pilote de l'hydrolien marin).

Ptèt penser à se poser les bonnes questions ?

Quoted post from Reporterre 🌍 | Le média de l'écologie @reporterre.net:
Les listes des Écologistes se font rares pour les municipales dans le Cotentin.

Dans ce territoire centré sur le nucléaire et les industries, qui promettent des emplois, « il devient beaucoup plus difficile d’être élu écologiste ».

➡️ https://l.reporterre.net/YZx

Les pesticides de Dame Nature

24 février 2026 à 20:17

Les risques de cancer sont fréquemment évoqués pour réclamer le bannissement des pesticides. Mais certains seront difficiles à interdire, parce qu’ils sont produits… par les plantes elles-mêmes. Et qu’ils ne sont pas moins dangereux, loin de là.

« Manger ne devrait pas nous exposer à des substances dangereuses. » C’est le mantra de l’association écologiste Générations Futures, devenue ces dernières années la vigie autoproclamée des résidus de pesticides dans nos assiettes. Dans son dernier rapport, on peut ainsi lire que « plus de 6 fruits et légumes non bio sur 10 contiennent au moins un résidu de pesticide détecté ». Des chiffres chocs, calibrés pour frapper les esprits. Peu importe que ces résidus soient mesurés à l’état de traces infinitésimales, parfois des milliers de fois en dessous des seuils sanitaires : leur simple détection suffit à installer le soupçon. Certains médias et responsables politiques vont plus loin encore, établissant un lien direct entre une prétendue « explosion » des cancers et l’exposition à ces résidus.

Peu importe que l’augmentation du nombre de cancers s’explique d’abord par le vieillissement de la population et de meilleurs dépistages, le message est limpide : il faudrait interdire toujours plus de pesticides, promouvoir l’agriculture biologique et tourner la page du modèle agro-industriel. Un retour rêvé à un âge d’or paysan, fait de petites exploitations, de récoltes à la main et d’une nature supposément pure, préservée des vilains produits chimiques et des apports de la technologie — cette suspecte fille du capitalisme, lui-même accusé de tous les maux.

Ce récit oublie pourtant un élément essentiel : avant d’être des substances potentiellement dangereuses pour l’homme, les pesticides sont d’abord des outils de défense des plantes. Et la nature, elle, n’a pas attendu l’humanité pour les inventer.

La chimie des choux

Glucosinolates, terpènes, indoles, isothiocyanates, cyanures, phénols… Toutes ces molécules chimiques, vous les avalez en mangeant du chou. Même du chou bio. Et pour cause : c’est le chou lui-même qui les fabrique.

Héritées de millions d’années d’évolution, ces substances sont de véritables pesticides naturels. Elles ont permis au chou sauvage — l’ancêtre rustique de celui de nos potagers — de se défendre, et donc de survivre face à ses prédateurs, herbivores de tous horizons.

Et le chou est loin d’être une exception. En réalité, presque tous les fruits, légumes et aromates que nous consommons produisent leurs propres armes chimiques :

  • Le tabac ? De la nicotine.
  • Les champignons de Paris ? Des hydrazines.
  • Le basilic ? De l’estragole.
  • La noix de muscade ? De la myristicine.
  • La pomme de terre ? De la solanine.
  • Le café ? De l’acide caféique…

Autant de molécules biologiquement actives, et toxiques pour les animaux.

À ce stade, on entend déjà les objections : « Oui, mais ce n’est pas pareil ! Ces molécules naturelles, nous y sommes adaptés. Cela fait des millénaires qu’elles font partie de notre environnement. Alors que les pesticides de synthèse, eux, sont récents. Notre organisme n’est pas prêt. »

L’argument est séduisant. Il est pourtant erroné. Et ce pour au moins trois raisons.

D’abord, nos mécanismes de défense contre les substances toxiques ne font pas la différence entre naturel et synthétique. Ils sont généralistes. Barrières physiques (peau, muqueuses), enzymes de détoxification capables de neutraliser des familles entières de molécules étrangères, systèmes de réparation de l’ADN : notre organisme traite tous les composés chimiques étrangers (et leurs conséquences) de la même manière, et leur origine importe peu.

Ensuite, l’idée d’un « équilibre toxique » stable entre l’humain et son environnement végétal obtenu avec le temps relève du mythe. Les végétaux évoluent en permanence. Depuis des millions d’années, ils participent à une véritable course à l’armement évolutive, affinant sans cesse leurs arsenaux chimiques pour déjouer les stratégies de leurs prédateurs.

Enfin, notre alimentation actuelle est extrêmement récente à l’échelle de l’évolution. L’agriculture ne date que d’environ 10 000 ans, et les plantes que nous consommons aujourd’hui diffèrent profondément de leurs ancêtres sauvages. D’autant que nombre de nos aliments — café, cacao, thé, pomme de terre, tomate, maïs, kiwi, épices… — proviennent de régions du monde que nos ancêtres européens n’ont découvertes que très tardivement. Ainsi, l’évolution humaine est bien trop lente pour avoir produit une résistance spécifique aux toxines des plantes qui nous nourrissent.

Reste une question : ces pesticides naturels ne seraient-ils pas marginaux face aux substances pulvérisées dans les champs ?

L’étude choc

1989 : l’année où la chimiophobie explose aux États-Unis. Un rapport alarmiste d’une ONG sur un régulateur de croissance utilisé sur les pommes, amplifié par une caisse de résonance médiatique, déclenche une véritable panique nationale. Plateaux télé, unes catastrophistes, inquiétude des parents… Le cocktail est familier, et rappelle étrangement certains emballements très contemporains.

Le jour où une pomme a fait trembler l’Amérique

J’approfondis

C’est dans ce climat anxiogène que deux chercheurs décident de reprendre la polémique sur des bases scientifiques : Bruce Ames, professeur de biochimie à l’université de Berkeley, et sa collègue Lois Swirsky Gold. Leur intuition est simple — et dérangeante : les substances synthétiques utilisées en agriculture ne seraient pas intrinsèquement plus susceptibles de provoquer des cancers que les toxines naturellement présentes dans les fruits et légumes.

Plutôt que de débattre à coups de slogans, ils décident de compter.

Leur première conclusion est spectaculaire. Selon leurs calculs, un Américain ingère chaque jour environ 1,5 gramme de toxines naturelles produites par les plantes. En face ? Environ 0,09 milligramme de résidus de pesticides synthétiques. Autrement dit : 15 000 fois moins.

Conclusion arithmétique : 99,99 % des pesticides que nous consommons sont… naturels.

Mais quantité ne signifie pas danger. Encore faut-il comparer la toxicité. C’est là que Lois Swirsky Gold joue un rôle clé. Avec son équipe, elle compile des milliers d’études toxicologiques menées à travers le monde : tous les tests de cancérogénicité réalisés sur rats et souris, qu’ils concernent des produits chimiques industriels… ou des substances naturelles. Ce travail titanesque donne naissance à une véritable cathédrale de données : la Carcinogenic Potency Database (CPDB).

L’analyse révèle un constat : qu’une molécule provienne d’une usine ou d’une plante, le résultat est statistiquement similaire. Administrée à forte dose à un rongeur, environ une substance sur deux finit par provoquer un cancer. Autrement dit : aucun passe-droit pour les substances naturelles.

Pour comparer plus rigoureusement les risques réels, Ames et Gold créent alors un indicateur universel : l’indice HERP (Human Exposure / Rodent Potency). Le principe est limpide. On prend la dose réellement consommée par un humain, et on la rapporte à la dose qui provoque un cancer chez 50 % des rats de laboratoire. On obtient ainsi un pourcentage, un indicateur très concret qui répond à la question suivante : à quelle fraction de la dose cancérogène expérimentale correspond mon exposition réelle ?

Munis de cet outil, ils classent tout. Sans distinction d’origine. Polluants industriels, résidus agricoles, composés naturels des aliments les plus ordinaires. Le résultat surprend.

  • En haut du classement, on retrouve sans surprise l’alcool et le tabac.
  • Au milieu ? Des pesticides naturels présents dans le café, les champignons ou le basilic.
  • Et tout en bas… les résidus synthétiques les plus redoutés, comme le DDT ou l’EDB, dont l’exposition réelle est infinitésimale comparée aux doses expérimentales.

Le constat est troublant : une seule tasse de café contient, en masse, davantage de composés naturels classés cancérogènes chez le rongeur que la totalité des résidus de pesticides synthétiques ingérés en une année. De quoi bousculer quelques certitudes.

100 fois plus présente qu’un pesticide : la substance qui se cache dans votre café

J’approfondis

Les nuances de la toxicologie moderne

En prenant le contre-pied de l’anxiété chimique des années 1990, les travaux d’Ames et Gold ont provoqué une véritable déflagration dans le monde de la toxicologie. Mais ces recherches, désormais anciennes, seraient-elles devenues obsolètes ?

Au contraire, leur apport a profondément transformé la discipline. Ils ont contribué à faire passer la toxicologie d’une logique de « chasse au coupable » — traquer la molécule synthétique suspecte — à une approche de rationalité quantitative : comparer les doses, hiérarchiser les risques, gérer les priorités. En somme, comparer ce qui est comparable.

L’indice HERP n’est plus utilisé aujourd’hui, mais son esprit perdure. Il a largement inspiré la mise en place du MoE (Margin of Exposure), indice désormais employé par les agences sanitaires du monde entier pour évaluer les risques cancérogènes. La logique est similaire, la formule inversée : là où l’indice HERP rapportait l’exposition humaine à la dose toxique animale, le MoE divise la dose toxique par l’exposition réelle. Ainsi, plus le chiffre du MoE est élevé, plus la marge de sécurité est importante.

Autre évolution majeure : le seuil retenu. Ames travaillait avec la dose provoquant un cancer chez 50 % des rats. Les toxicologues actuels utilisent des seuils beaucoup plus bas, correspondant à la plus faible dose produisant un effet mesurable par rapport aux animaux témoins.

La discipline a également intégré des paramètres absents des débats des années 1990, notamment l’« effet cocktail » : l’idée que l’exposition simultanée à plusieurs substances pourrait amplifier le risque. Contrairement à ce que laissent entendre certains discours militants — qui en font un argument d’ignorance justifiant un principe de précaution maximal — cet effet est aujourd’hui intégré aux évaluations réglementaires. Les agences additionnent les expositions lorsque plusieurs substances partagent le même mécanisme d’action cellulaire. Dans les faits, cela change rarement l’évaluation finale, les expositions réelles étant généralement deux à trois ordres de grandeur en dessous des seuils de toxicité. Et par ailleurs, pourquoi cet effet cocktail ne s’appliquerait-il qu’aux molécules de synthèse, et pas aux dizaines de toxines naturelles que nous consommons quotidiennement ?

Les travaux d’Ames et Gold trouvent davantage leurs limites dans une autre découverte majeure de la toxicologie moderne : les perturbateurs endocriniens, capables d’interagir avec notre système hormonal à des concentrations très faibles. Pour ce cas précis, le célèbre principe de Paracelse — « C’est la dose qui fait le poison » — semble moins linéaire qu’on ne le pensait.

Mais là encore, pas de panique. Les perturbateurs endocriniens avérés sont désormais interdits ou strictement encadrés. Quant aux substances encore suspectées, les évaluations sont en cours, et rien n’indique que le risque soit intrinsèquement plus élevé pour les molécules synthétiques que pour les molécules naturelles. Ironie supplémentaire : l’une des familles d’insecticides les plus souvent évoquées pour de possibles effets endocriniens, les pyréthrinoïdes, est issue… de la fleur de chrysanthème. Quant au soja, il produit naturellement des isoflavones, des composés capables de moduler l’action hormonale humaine.

En réalité, rien dans la toxicologie post-années 2000 n’invalide le cœur de l’intuition d’Ames et Gold. Au contraire, leurs conclusions ont été confirmées par des travaux plus récents : l’origine naturelle ou synthétique d’une molécule ne dit presque rien de sa dangerosité. Ce qui compte, encore et toujours, c’est la structure chimique, la dose, et l’exposition réelle. Et cela change profondément la manière de penser le risque.

Pas de panique

Oui, nos fruits et légumes contiennent des substances naturelles toxiques. Oui, certaines sont cancérogènes chez l’animal ou présentent des propriétés perturbatrices endocriniennes. Et oui, leurs concentrations sont souvent bien supérieures aux traces résiduelles de pesticides de synthèse que l’on traque avec tant d’ardeur.

Faut-il pour autant se détourner des fruits et légumes ? Évidemment non. Car les bénéfices nutritionnels — fibres, vitamines, antioxydants — dépassent très largement les risques théoriques liés à ces composés naturels. Nous les consommons chaque jour sans que cela ne se traduise par une hécatombe sanitaire.

La leçon est ailleurs. Elle concerne notre manière collective d’appréhender le risque. Si nous acceptons sans trembler d’ingérer des cancérogènes naturels à des niveaux bien supérieurs, pourquoi concentrer autant d’attention et d’angoisse sur des résidus synthétiques dont l’exposition réelle est mille fois plus faible ?

C’est précisément le message que portaient Ames et Gold : la priorité des politiques publiques ne devrait pas être la traque obsessionnelle de risques infinitésimaux, mais la lutte contre les causes majeures du cancer — tabagisme, alcool, déséquilibres alimentaires, sédentarité, infections.

Quant aux pesticides agricoles, leur impact sanitaire pour la population générale apparaît, à la lumière des données disponibles, extrêmement faible. Leur utilité en matière de rendement, de sécurité alimentaire et d’autonomie agricole est, elle, bien tangible. Leur véritable point faible se situe ailleurs : dans leur empreinte environnementale. C’est sur ce terrain — biodiversité, qualité des sols, contamination des eaux — que le débat doit se concentrer.

Mais instrumentaliser le cancer, jouer sur les peurs, suggérer des catastrophes sanitaires sans hiérarchiser les risques, pour orienter l’opinion ou imposer un agenda politique, ce n’est pas de la science. C’est de la manipulation.

Et une société rationnelle mérite mieux que cela.

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