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Reçu — 19 avril 2026 De tout et de rien

Électroscope #23 : bonnet télépathique, télescope géant et générateur d’eau potable

19 avril 2026 à 20:25

Communiquer par la pensée avec les machines, produire de l’eau potable partout, dépasser silencieusement le mur du son, construire un télescope géant et détecter la maladie de Parkinson 7 ans avant les premiers symptômes… C’est parti pour Électroscope #23.

Vital Lyfe : produire de l’eau potable n’importe où !

Et si on produisait de l’eau potable à partir de n’importe quelle source d’eau en pressant juste sur un bouton ? C’est la promesse de la start-up californienne Vital Lyfe. Fondée par d’anciens ingénieurs de SpaceX, l’entreprise entend redéfinir l’autonomie avec le lancement de « l’Access ». Ce purificateur d’eau, portable et faisant la taille d’une glacière, s’appuie sur une ingénierie de pointe pour transformer toute source naturelle en eau pure.

L’appareil intègre un système automatisé d’osmose inverse couplé à une chambre à UV-C afin d’éliminer le sel, les bactéries et les impuretés. Ce système miniature produirait jusqu’à 45,5 litres d’eau douce ou 22,7 litres d’eau de mer purifiée par heure. Équipé d’une batterie de 210 Wh, il offre entre 1 et 3 heures d’autonomie par charge (le dessalement consomme bien plus d’énergie que la simple purification d’eau douce), mais peut aussi fonctionner en continu s’il est raccordé au secteur, à un véhicule ou à des panneaux solaires.

Son fonctionnement a été pensé pour être extrêmement intuitif, sans nécessiter la moindre formation préalable. Il suffit de plonger le tuyau de pompage dans l’eau et d’appuyer sur un bouton : l’appareil gère ensuite la pression et la consommation d’énergie de manière totalement autonome. C’est la fin du pompage manuel fastidieux !

Soutenue par une levée de fonds de 24 millions de dollars, et après le succès d’essais « hors réseau » sur le terrain en Colombie, Vital Lyfe cible les amateurs de séjours prolongés en pleine nature, les personnes vivant dans des lieux très isolés et, évidemment, les équipes de secours d’urgence. Les premières livraisons sont prévues aux États-Unis cet été, suivies d’une expansion internationale en fonction du volume des réservations de chaque pays.

Vers un bonnet en laine qui peut lire nos pensées ?

Imaginez pouvoir rédiger un e-mail ou prendre des notes sans jamais prononcer un mot ni lever le petit doigt. Ce scénario digne d’un film de science-fiction pourrait bien devenir réalité (et plus vite qu’on ne le croit !) grâce à Sabi, une jeune start-up de la Silicon Valley, qui prévoit de commercialiser un bonnet capable de lire dans les pensées !

Contrairement aux solutions invasives nécessitant de lourdes interventions chirurgicales, comme les implants, la technologie développée par Sabi se veut totalement non invasive. L’entreprise mise sur une interface cerveau-machine intégrée directement dans le tissu d’un bonnet d’hiver classique. Le dispositif s’appuie sur un réseau ultra-dense comprenant plus de 70 000 capteurs électroencéphalographiques (EEG) miniatures, enregistrant l’activité électrique du cerveau à travers le cuir chevelu. Ils sont conçus pour cibler précisément les zones neuronales stimulées par le « monologue intérieur », et le convertir en texte.

Pour traduire ces signaux complexes en texte clair et en temps réel sur un ordinateur, Sabi a développé un modèle d’IA spécifique. Ce modèle de langage du cerveau a été entraîné avec plus de 100 000 heures de données neuronales recueillies auprès de volontaires. Le défi technologique reste toutefois de taille : capter des signaux électriques à travers la peau et la boîte crânienne atténue inévitablement leur intensité. L’objectif initial de l’entreprise est de permettre une vitesse de frappe par la pensée d’environ trente mots par minute, une cadence qui devrait progressivement s’améliorer au fil de l’utilisation.

Prévu pour un lancement fin 2026, ce premier bonnet de lecture mentale pourrait ouvrir la voie à une toute nouvelle ère d’interaction homme-machine. Sabi envisage d’ailleurs déjà de décliner cette innovation sous la forme d’une casquette de baseball !

Le X-59 se rapproche de son but en frôlant le mur du son

Finis les bangs soniques fracassants qui font trembler les fenêtres : le rêve d’un vol supersonique commercial silencieux au-dessus des continents n’a jamais été aussi proche de la réalité grâce aux récentes prouesses du X-59.

Le jet expérimental de la NASA vient de franchir des étapes décisives. Conçu pour atténuer le redoutable bang supersonique en un discret battement sourd, l’appareil démontre enfin l’efficacité de son aérodynamisme. Le 3 avril 2026, sous les commandes du pilote Jim Less, l’avion a accompli son premier vol avec le train d’atterrissage rentré. Ce nouveau jalon a permis de tester pour la première fois le profil épuré de l’engin, une condition indispensable pour franchir le mur du son en toute discrétion. Lors de ce vol au-dessus du désert des Mojaves, le X-59 a atteint 6 000 mètres d’altitude et une vitesse de près de 740 km/h.

La montée en puissance s’est ensuite accélérée. Lors de ses huitième et neuvième vols d’essai, menés les 10 et 14 avril, le prototype a repoussé ses limites en grimpant à 13 000 mètres et en atteignant des pointes de vitesse vertigineuses, avoisinant les 1 000 km/h (soit environ Mach 0,95). Il frôle désormais le mur du son. Cette phase a permis aux ingénieurs de scruter également les performances du système de vision externe de l’appareil, une technologie innovante qui remplace le pare-brise par des caméras haute définition.

Chaque essai rapproche la NASA de son but ultime : faire voler l’avion au-dessus de zones habitées pour mesurer la perception du public. Ces futures données acoustiques seront cruciales pour convaincre les régulateurs de lever l’interdiction des vols supersoniques.

Au Chili, l’Europe bâtit le plus grand télescope du monde

Oubliez tout ce que vous savez sur l’observation spatiale : au cœur du désert aride d’Atacama, au Chili, un monstre de technologie en pleine construction s’apprête à bouleverser définitivement notre compréhension du cosmos.

L’Extremely Large Telescope (ELT) porte parfaitement son nom. Actuellement érigé par l’Observatoire européen austral (ESO), ce chef-d’œuvre repousse toutes les limites. Il s’agit du plus grand télescope optique et infrarouge jamais conçu, doté du plus grand nombre de segments et du miroir déformable le plus imposant au monde.

Le véritable cœur de cette prouesse repose sur son miroir primaire. Avec ses 39 mètres de diamètre, il éclipse les plus puissants observatoires terrestres actuels, qui plafonnent entre 8 et 10 mètres. Cette surface titanesque lui confère une capacité collectrice phénoménale. En une seule nuit de fonctionnement, l’ELT emmagasinera plus de lumière cosmique que l’ensemble des grands télescopes (de 8 à 10 mètres) aujourd’hui en service réunis !

Cette sensibilité exceptionnelle va permettre aux astronomes de scruter des objets célestes toujours plus lointains et d’une infime luminosité. L’ELT agira comme une véritable machine à remonter le temps, capable d’observer les galaxies les plus distantes nées dans l’univers jeune. Les scientifiques pourront ainsi retracer plus précisément l’histoire de l’assemblage de la matière, qu’elle soit sombre ou ordinaire, au fil des âges cosmiques. Il sera également capable de photographier directement des mondes géants (planètes gazeuses), comme de scruter et décrypter l’atmosphère d’exoplanètes (rocheuses) similaires à la Terre.

Prévue pour capter sa première lumière à l’horizon 2029, cette installation scientifique est surtout porteuse d’inattendu. Au-delà de ses objectifs initiaux, c’est la certitude de faire des découvertes totalement imprévisibles qui enthousiasme la communauté scientifique. Avec ce nouvel œil géant braqué sur l’univers, il faut se préparer à des révélations qui vont révolutionner l’ensemble de nos connaissances astronomiques !

Un test sanguin qui détecte la maladie de Parkinson des années avant les premiers symptômes

Pouvoir identifier la maladie de Parkinson alors que rien ne la trahit encore : ni tremblements, ni raideur, ni ralentissement des gestes. C’est désormais possible, grâce à une innovation annoncée dans la revue Nature Communications.

Des chercheurs de l’University College London et de l’University Medical Center de Göttingen ont mis au point un test sanguin simple, assisté par intelligence artificielle. En analysant seulement huit protéines spécifiques présentes dans le plasma, leur modèle d’apprentissage distingue avec une précision remarquable les personnes qui seront atteintes par la maladie. Il identifie déjà tous les patients diagnostiqués avec une précision de 100 % et prédit, chez les individus à haut risque, le développement de la maladie jusqu’à sept ans avant l’apparition des premiers symptômes moteurs. Dans l’étude, l’IA a correctement anticipé l’évolution de 16 patients sur une période de suivi de dix ans.

Cette détection est très importante, sachant que lorsque les premiers symptômes apparaissent, une grande partie des neurones dopaminergiques est déjà perdue. Un diagnostic précoce permettrait aux traitements neuroprotecteurs ou modificateurs de la maladie d’agir avec davantage d’efficacité, avant que les dommages ne deviennent irréversibles.

Des validations à plus grande échelle sont encore nécessaires. Mais, pour la première fois, la médecine dispose d’un outil capable de regarder la maladie de Parkinson bien avant qu’elle ne s’installe. Un pas décisif vers sa prise en charge préventive et, un jour peut-être, vers son ralentissement, voire sa prévention.

Chaque lundi, Les électrons libres vous propose un tour d’horizon des nouvelles électrisantes qui secouent le monde de la tech et œuvrent en faveur d’un progrès à même de changer votre quotidien.

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Microsoft, CoPilot et respect des licences

19 avril 2026 à 09:26
Microsoft 2001 : 😒✋ "Ou làlà faut pas utiliser la moindre ligne de code GPL, ça va tout contaminer vos projets ! Le Logiciel Libre est un cancer !"
Microsoft 2026 : 😊👉 "Utilise donc notre CoPilot biberonné à tout ce qui traîne sur GitHub pour coder ! T'inquiètes, frère, c'est safe ! "

Faut quand même un sacré niveau de foutage de gueule pour oser ce genre de pirouette, hein.
(Pour ceux qui n'ont pas la ref : https://www.theregister.com/2001/06/02/ballmer_linux_is_a_cancer/)

Le fait que le code produit par les IAs vous mette juridiquement en danger, c'est quand même un gros point aveugle de toute la commu qui vibe-code.
C'est pas comme si on ignorait les conséquences du non-respect des licence (même Libres). Orange peut en témoigner (https://sebsauvage.net/links/?RWwF6A).
(Permalink)

Sécurix et Bureautix, voici à quoi ressemble vraiment le Linux qui va remplacer Windows en France

19 avril 2026 à 06:36
Et donc la DINUM travaille sur une distribution Linux (basée sur NixOS) pour les agents de l'état. Deux distributions préparées faites maison, Bureautix (pour la bureautique) et Sécurix (avec sécurité renforcée, destinée aux administrateurs système), sécurisées selon les recommandations de l'ANSSI.
Donc du sérieux.
Sera déployés sur 250 postes dans un premier temps pour tester.
(Permalink)

L’École 3.0 : quand l’IA enseigne, le prof éduque enfin

19 avril 2026 à 05:38

Doit-on confier l’éducation de nos enfants à l’IA ? Ou, au contraire, la proscrire des salles de classe ? Faux débat. Le véritable enjeu est ailleurs : l'IA peut mettre fin à la tyrannie des notes, et devenir un profond réducteur d'inégalités.

L'école publique semble à bout de souffle. Classes surchargées par endroits, corps professoral frôlant l'épuisement, absences non remplacées, effondrement du niveau dans les classements internationaux et creusement des inégalités sociales. Pendant que la société s'écharpe sur des débats devenus rituels comme le port de l'uniforme, la dictée quotidienne ou l'interdiction stricte des smartphones, une révolution silencieuse est en train de s'écrire dans les laboratoires de l'EdTech. Fini l'apprentissage passif et la sanction couperet de la note de fin de trimestre. Place à l'École 3.0. Sans tabou, et avec une puissance d'analyse inédite, la technologie prépare l'arrivée d'une intelligence artificielle qui s'imposera, non pas comme un énième gadget récréatif, mais comme un véritable professeur personnel. Un compagnon d'apprentissage sur mesure qui suivra chaque enfant, depuis son pupitre d'école jusqu'au bureau de sa chambre.

2035 : une journée ordinaire, du collège à la maison

Bordeaux, 8 h 30. Le silence règne dans la classe de 4e B du collège Montaigne. Pourtant, le cours de mathématiques bouillonne d'interactions invisibles. Sur chaque pupitre, une simple copie double, un stylo, et une tablette posée sur un bras articulé dont la caméra pointe vers la table. Lucas, 13 ans, s'attaque à une équation complexe. Il rédige ses calculs à la main. Il hésite, rature, puis se lance dans un développement hasardeux. Instantanément, une notification discrète apparaît sur l'écran de sa tablette. C'est « Luciole », l'assistant pédagogique de la classe. Lucas met son oreillette et chuchote : « Qu'est-ce qui coince ? ».

La voix chaleureuse et synthétique de l'IA lui répond en temps réel, directement dans le creux de l'oreille : « Ton début de raisonnement est parfaitement logique, Lucas. En revanche, si tu continues dans cette direction à la ligne 3, tu vas oublier de changer le signe en passant le chiffre de l'autre côté. Si je devais te noter maintenant, je t'enlèverais deux points pour cette erreur. Veux-tu que je t'explique pourquoi ? ».

C'est ce que les ingénieurs pédagogiques appellent le « devoir accompagné IA ». Lucas ne se contente pas d'écouter passivement la correction, il dialogue. Fini la peur du jugement liée à la prise de parole publique, il demande à la machine de lui réexpliquer la règle des signes dans le contexte précis de son calcul autant de fois que nécessaire. L'explication est chirurgicale, formulée pour lui. Lucas sourit, gomme son erreur et reprend son stylo de plus belle. L'apprentissage se fait par l'action corrigée, à la volée, comme avec un professeur particulier.

8 h 45. Au bureau, Nicolas, l'enseignant, ne surveille pas ses élèves d'un air oisif, plongé dans ses pensées. Les yeux rivés sur son ordinateur portable, il observe le tableau de bord de progression en temps réel de la classe s'animer en direct. Il voit l'évolution de la compréhension de ses vingt-huit élèves s'afficher sous forme de cartographie de données. La classe n'est plus cette éternelle « boîte noire » où ceux qui ne comprennent pas se cachent au fond de la salle pour échapper au regard du maître.

Sur son écran, le vert domine, mais deux autres signaux attirent son attention. Une zone rouge clignote avec insistance du côté de la rangée de la fenêtre : le logiciel indique à Nicolas que cinq élèves butent tous sur la même étape conceptuelle, malgré les relances de l'IA. Plus loin, un indicateur orange signale une inactivité prolongée. Léo et Maxime ne butent pas sur l'équation : ils bavardent tranquillou et leur stylo n'a pas touché la feuille depuis cinq minutes.

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Reçu — 18 avril 2026 De tout et de rien

[PDF] RedHat - Compress the kill cycle with Red Hat Device Edge

18 avril 2026 à 20:55
Voici un document marketing de RedHat qui se vante de ses technologies IA qui permettent de "tuer plus vite".
Les équipes de RedHat sont en train de faire un grand ménage sur leur site pour effacer tout ça, mais Archive.org en a gardé une copie.
À vous de vous faire une opinion sur RedHat.

PS: C'est RedHat qui fournit les développeurs, moyens financiers et logistiques pour maintenir la distribution Fedora.
(Permalink)

Exclusive: Meta targets May 20 for first wave of layoffs; additional cuts later in 2026 | Reuters

18 avril 2026 à 12:59
Facebook va virer 10% de ses salariés. Oui à cause de l'IA. Et c'est juste le premier lot.

Je ne souhaite aucun mal à ces employés, mais si les GAFAMs pouvaient CREVER, eux et leur IAs, je pense - en toute sincérité - que le monde s'en porterait mieux.
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Une usine textile en 2040 – la dentelle et les robots

18 avril 2026 à 05:40

Dans un atelier textile lyonnais de 2040, des robots modulaires produisent en quelques minutes des vêtements sur mesure exportés dans le monde entier. Mais ce qui fait leur valeur se trouve ailleurs…

« Les étoffes entrent par ici », m’explique Ariane, la présidente des Ateliers Tisseyre, en tapotant la paroi sombre du cube de production, « les blousons sortent de l’autre côté. Jacquard s’occupe de tout ». Sur les dévidoirs extérieurs, des rouleaux de soie chamarrée et d’énormes bobines de fil tournent en continu. Tirés par de longs doigts articulés qui sortent du cube, l’étoffe et les fils s’engouffrent dans des fentes horizontales. Quelques minutes plus tard, l’unité robotisée recrache un blouson aux manches brodées de dentelle, conforme à celui que j’ai imaginé il y a une heure, avec l’aide d’un agent designer.

Ariane me le tend pour que je l’enfile, tandis que l’araignée de résine patiente pour l’envoyer vers l’unité de vérification de la qualité. Le blouson est parfaitement ajusté à mon scan corporel. Les biofibres arrivent maintenant à égaler la douceur de la soie naturelle. Les dentelles rappellent celles d’autrefois. Les Ateliers Tisseyre assument leur choix du haut de gamme. « Il y a vingt ans, il aurait fallu plusieurs jours pour produire ces pièces », précise Ariane. Avec les robomodules, un tel blouson sort en trente minutes. Un cube peut en produire deux cents par jour, et celui que je porte vaut plusieurs milliers d’euros dans une boutique de Shanghaï ou de Los Angeles. « Vous êtes très élégant ! » me lance Ariane avec un brin d’amusement. Je le prends comme la permission de l’endosser pendant le reste de ma visite, l’araignée attendra.

Des usines plus petites, disséminées sur tout le territoire

Depuis le début des années 2020, les robots ne sont plus cantonnés aux grandes chaînes d’assemblage : ils deviennent modulaires, mobiles et reconfigurables.

Dans l’automobile, la logistique ou l’électronique, des cellules de production flexibles remplacent progressivement les lignes rigides.

C’est déjà le cas chez Siemens, Ford ou Medtronic, qui utilisent des cellules robotisées flexibles pour l’électronique, l’automobile ou les dispositifs médicaux. Des robots mobiles de MiR et des plateformes collaboratives de Comau remplacent aussi les convoyeurs fixes. En Europe, plusieurs projets industriels testent des usines modulaires capables de se reconfigurer en temps réel.

En 2040, cette évolution est devenue la norme : les usines sont plus nombreuses, plus petites et capables de s’adapter en permanence à la demande. Moins polluantes, elles réinvestissent le tissu urbain et se rapprochent de leurs employés.

L’atelier Tisseyre est basé à Lyon et compte une centaine d’unités de production. Chaque cube occupe l’équivalent d’une pièce d’appartement. Ils sont régis par une famille d’agents intelligents qui travaillent en symbiose autour de Jacquard, fruit de cinq ans d’entraînement. Quand l’intervention d’un humain est nécessaire – pour changer une bobine, déplacer un robomodule ou constater un défaut de fabrication –, Jacquard envoie une demande aux techniciens de garde.

Grâce à ces robomodules, les chaînes d’assemblage n’ont plus besoin d’être horizontales : elles se déploient comme un ruban labyrinthique, enchâssé dans un espace clos et privé d’oxygène pour éviter les départs de feu. Il faut tendre l’oreille pour entendre le froissement des tissus et le cliquetis des aiguilles.

Pour visualiser le processus, j’enfile un casque 3D. À l’intérieur du cube, trente robomodules de tailles et de formes diverses se relaient pour couper, assembler, coudre et broder des blousons uniques par la taille, par la coupe, par les broderies incrustées. « Les unités de production autonomes ont ouvert la porte du sur-mesure, alors que ce n’était pas notre culture, il a fallu apprendre à travailler avec une multitude de petits clients, des particuliers », témoigne Ariane. « Depuis, nous expédions partout dans le monde et nos cubes n’ont rien à envier aux usines que les Chinois installent au Kenya. » Le recours aux robomodules permet de concevoir un cube en moins de deux semaines, pour un coût machine d’environ trois cent mille euros, hors ingénierie.

Un modèle de réindustrialisation adaptable et innovant

Face aux États-Unis, à la Chine, leaders incontestés de la machine intelligente, et à l’Inde, devenue elle aussi incontournable sur les logiciels et les équipements « propriétaires », la France a fait un pari différent : celui d’une robotique modulaire, interopérable, capable de produire ses propres innovations.

Des entreprises comme Galam Robotics (robots logistiques modulaires pour les flux tampons) ou MS-Innov avec son cobot MORFOSE (premier cobot modulaire industriel « made in France », adaptable pour le collage, le soudage ou la manutention) incarnent cette stratégie. Des projets européens tels qu’ODIN, DIMOFAC et PENELOPE développent aussi des usines reconfigurables dans l’automobile, l’aéronautique et l’équipement industriel.

Moins visible que les plateformes numériques, ce choix permet à la France de préserver ses savoir-faire tout en reconstruisant une base industrielle sur son territoire.

Les ateliers Tisseyre se sont installés il y a deux ans dans une ancienne tour HLM qu’ils ont entièrement réaménagée. « Le bâtiment était vide, nous avons tout cassé, car la production robotisée se conçoit en trois dimensions », se souvient Ariane. Sur les murs restés debout, des drones ont reproduit des tableaux de musée, des personnages en pourpoints, des femmes en robes de brocart, des enfants à collerettes. Des monte-charges relient les étages avec les magasins de stockage et la plateforme logistique du rez-de-chaussée, une caverne d’Ali Baba pleine de zips, de boutons et de lacets. Dehors, sur le parking, un dock de livraison accueille les conteneurs automobiles et autres camions autonomes. Les unités de recyclage circulaire sont installées dans les caves.

La plupart des flux sont gérés par les machines, toutefois les humains ne sont pas absents de la tour-atelier. « Les designers que l’on héberge au 4e étage viennent eux-mêmes récupérer leurs créations, comme vous venez de le faire », plaisante Ariane. « Les gros clients, on les voit en visio, quand ils ne communiquent pas directement avec les machines. »

L’atelier emploie plus de trois cents personnes. Une cinquantaine d’ingénieurs conçoivent ces cubes, qui évoluent constamment pour s’adapter aux besoins des designers. Des brigades de techniciens les assemblent et veillent à leur entretien. Et, comme toutes les opérations sont supervisées par des intelligences artificielles, l’entreprise a recruté une centaine de prompteurs de tous âges – souvent d’anciens codeurs qui se sont spécialisés dans l’interaction avec la machine. Ils dialoguent avec les agents intelligents et viennent en aide aux ingénieurs, aux techniciens et aux clients pour résoudre leurs problèmes.

Du travail plus libre, en symbiose avec la machine

La robotisation a fait disparaître une grande partie des tâches répétitives et des manutentions lourdes, améliorant nettement les conditions de travail dans les ateliers. Mais elle a aussi fait naître de nouveaux métiers, plus qualifiés et souvent plus intéressants : techniciens de maintenance avancée (spécialisés dans la maintenance prédictive des robots et cobots), opérateurs assistés par IA (qui pilotent et supervisent des systèmes automatisés), concepteurs de flux de production intelligents, ou encore « prompteurs » spécialisés dans l’optimisation des instructions données aux intelligences artificielles. Ces évolutions transforment profondément l’usine : les opérateurs traditionnels deviennent des pilotes de lignes automatisées, tandis que de nouvelles compétences en data, programmation et diagnostic par IA s’imposent. Dans l’industrie textile et la confection, les cobots et exosquelettes libèrent les travailleurs des gestes pénibles, laissant place à des rôles de supervision, de programmation et de contrôle qualité enrichis.

Une partie de ces travailleurs évolue désormais sous des statuts hybrides, entre salariat classique et formes d’indépendance (portage salarial, micro-entrepreneuriat ou missions pour plusieurs entreprises), permettant plus de flexibilité tout en posant des questions sur la protection sociale.

L’atelier Tisseyre est l’héritier d’une histoire longue : celle des canuts de Lyon. Ariane Tisseyre veille à ce que l’entreprise enregistre et protège les savoir-faire. Son plus gros investissement réside dans l’entraînement de plusieurs agents qui portent la mémoire des soyeux. Depuis que Jacquard a été homologué auprès de l’Union des Industries Textiles, l’entreprise peut désormais recourir aux gestes brevetés par d’autres et monnayer ceux qu’elle détient.

« Tout est dans le geste », confie Ariane, qui tient à ce que l’entreprise familiale se distingue dans la production de pièces d’exception. Sur le pignon de béton de l’immeuble, elle a demandé aux drones de peindre son tableau préféré, une version géante de la Dentellière de Vermeer, haute de trente mètres.

Des textiles moins polluants

En 2026, l’IA a déjà commencé à transformer la chimie des matériaux : de nouvelles fibres issues de protéines, de cellulose ou de polymères biosourcés émergent dans les laboratoires et les premières applications industrielles.

La société japonaise Spiber produit la Brewed Protein, une fibre biosourcée et biodégradable obtenue par fermentation de sucres grâce à des micro-organismes. Elle imite la douceur de la soie, du cachemire ou de la laine, déjà utilisée dans des collections de The North Face, Untouched World, Iris van Herpen et plusieurs marques de prêt-à-porter et de haute couture.

Orange Fiber transforme les résidus d’oranges (peaux et pulpe) en une cellulose filable, donnant naissance à un tissu soyeux et biodégradable. De son côté, Lenzing propose le TENCEL Lyocell, issu de pulpe de bois venant de forêts gérées durablement, fabriqué dans un procédé en circuit fermé qui réutilise plus de 99 % des solvants et consomme nettement moins d’eau et d’énergie que les fibres classiques.

Le marché mondial des polymères biosourcés a atteint environ 4,5 millions de tonnes en 2025 et continue de croître à un rythme soutenu d’environ 11 % par an. Ils commencent à remplacer progressivement les matériaux issus du pétrole dans les fibres textiles.

À mesure que les matériaux deviennent recyclables ou biodégradables, l’industrie textile amorce sa sortie du modèle polluant hérité du XXe siècle.

« Vous ne partirez pas sans saluer celles qui travaillent au neuvième. » Au dernier étage, les portes de l’ascenseur s’ouvrent sur un espace de travail accueillant, comme si on entrait chez des particuliers. On a gardé les murs à mi-hauteur, on a choisi des fauteuils tous différents, pour rappeler que ces lieux étaient autrefois habités. Les baies vitrées donnent une vue plongeante sur la ville. Il règne un calme absolu, à peine entend-on en fond sonore une musique orientale. Une trentaine de femmes âgées de cinquante à quatre-vingts ans sont penchées sur leur ouvrage.

Elles s’adonnent à la broderie, à la dentelle, au canevas et à d’autres arts du fil dont j’ignore le nom. Un androïde de première génération, le plus vieux robot de l’entreprise, arrive avec un chariot pour nous servir du thé. « Elles viennent travailler quand elles veulent, à leur rythme », murmure Ariane pour ne pas les déranger. Certaines répondent à des commandes des designers, d’autres créent des pièces uniques. Les plus habiles sont mieux rémunérées que les ingénieurs du troisième étage. « Depuis qu’on fait du sur-mesure, la demande a explosé », m’explique Aïcha, la doyenne des dentellières, en pointant du doigt la manche de mon blouson. « Ce morceau de dentelle qui sort du neuvième étage donne plus de valeur à ce vêtement que le travail des machines. »

Elles acceptent d’être filmées par les lampes-caméras, pour que leur geste ne soit jamais oublié par Jacquard. Mais au fond de l’atelier, quelques jeunes recrues viennent apprendre de ces grand-mères un art dont on disait, il y a vingt ans, qu’il allait mourir. Je caresse la dentelle de la manche en souriant lorsqu’Aïcha m’apprend qu’elle en est l’auteur. Je repense au tableau de Vermeer sur le pignon de l’immeuble. Les machines ont cousu ce blouson en trente minutes. Mais ce sont ces quelques centimètres carrés de fil blanc, fruit de son talent et de sa patience, qui me donnent le sentiment d’être vêtu comme ces princes dont les portraits ornent les étages. « Les dentellières vous l’offrent avec plaisir », conclut Ariane, alors qu’Aïcha acquiesce.

Oui, tout est dans le geste.

Une nouvelle vision du haut de gamme

À mesure que la production de masse s’automatise, la valeur se déplace vers la conception, la personnalisation et les finitions soignées. Dans le textile comme dans d’autres secteurs, l’automatisation ne fait pas disparaître l’artisanat : elle en redéfinit la place, en le réservant aux gestes rares, visibles et chargés d’une forte valeur émotionnelle. Les machines et les robots prennent en charge les tâches répétitives et standardisées, tandis que la main de l’homme – ou son expertise – se concentre sur ce qui fait la différence : le détail qui touche, l’harmonie des matières, la touche finale qui raconte une histoire.

La personnalisation à la demande et la production en petites séries gagnent du terrain grâce à l’automatisation intelligente : machines à tricoter 3D (comme celles de Kniterate), découpe laser, impression numérique et systèmes de finition automatisés permettent de proposer des vêtements sur mesure sans surcoût prohibitif, tout en gardant les finitions haut de gamme (broderies complexes, coutures invisibles, traitements spéciaux) réalisées par des mains expertes.

Dans le luxe et le « made in France », des entreprises investissent dans l’automatisation des processus de base pour relocaliser la production, tout en préservant les savoir-faire artisanaux pour les étapes visibles et émotionnelles : pose de boutons précieux, finitions manuelles, contrôle qualité ultime ou customisation créative. Des initiatives soutenues par France 2030 ou des clusters comme EuraMaterials illustrent cette complémentarité entre technologie et savoir-faire humain.

Ainsi, loin d’opposer automatisation et artisanat, l’industrie textile invente un nouveau modèle où la machine amplifie l’humain, rendant le haut de gamme plus accessible, plus durable et encore plus désirable.

Laurent Ladouari est l’auteur de la saga d’anticipation Volution. Ses livres interrogent les relations entre l’homme et la machine, la transmission des savoirs et les formes politiques émergentes issues de l’intelligence collective. Pour Les Électrons Libres, il livre une chronique de fiction prospective. Ce second épisode, après 2040 : quand les drones parleront aux oiseaux est consacré à l’avenir de la production textile à l’horizon 2040.

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Reçu — 17 avril 2026 De tout et de rien

US tech firms successfully lobbied EU to keep datacentre emissions secret | Microsoft | The Guardian

17 avril 2026 à 10:59
Microsoft et d'autres sociétés ont fait pression au niveau de l'Europe pour cacher les coûts environmentaux de leurs datacenters.
☝ Mais surtout pensez bien à faire pipi sous la douche et effacer vos mails après avoir chatté avec ChatGPT.
(Permalink)

REPLACED sur Steam

17 avril 2026 à 07:25
Je me suis fait offrir ce jeu pour mon anniversaire.
JE KIFFE GRAVE ce jeu. Il est tellement beau, tellement d'attention aux petits détails, les environnements sonores, les lumières extraordinaires, la caméra magnifiquement utilisée (travellings, changements de profondeurs de champ, de mise au point, changements de perspectives, rotations, instabilités...). Les rares fois où j'ai vu la caméra aussi bien utilisée dans un jeu, c'était dans INDIKA (et dans une certaine mesure la série des Wolfenstein).
REPLACED est un plateformer avec puzzles, combat et rencontres.
La prise en main du jeu est très bonne, et même si par certains côtés il rappelle Flashback, il est loin d'être aussi difficile. Mais ce n'est pas ce qu'on lui demande. On demande un beau voyage. Qui dure quand même une bonne dizaine d'heures, donc on est pas volé !
Ah et il y a plein de lore, sous forme de textes, documents ou objets que vous pouvez collecter et lire.

De toute façon, je suis un bon pigeon dès qu'il s'agit d'un jeu pixel-art cyberpunk (regardez: J'attends encore The Last Night !)
(Même CanardPC est tombé sous le charme avec un 9/10 : https://app.wallabag.it/share/69e24107544876.70880123)

Note: J'ai eu des plantages avec la version Steam, vers le début du jeu, toujours au même endroit. J'ai dû passer sur la version GOG pour pouvoir jouer.
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