Vue normale

Ukraine : la guerre des drones

27 février 2026 à 05:32

7 millions. C’est le nombre de drones que l’Ukraine va fabriquer cette année. Une arme que tout le pays, des start-up aux villages, s’emploie à construire et à soutenir avec frénésie. Au point de changer pour toujours le visage de la guerre ?

Paris, 20 février 2026. Le ministère des Armées vante une avancée de son pacte pour les drones aériens, signé en 2024, délégué à la start-up Harmattan AI. Résultat : 1 000 drones produits à moins de 1 000 euros. Mais à l’heure où la France proclame vouloir être prête à un conflit majeur « d’ici trois ou quatre ans », cette prouesse révèle aussi ses faiblesses. Le même jour, à l’autre bout de l’Europe, les armées ukrainienne et russe auront consommé entre 20 000 et 30 000 drones. Soit, en une matinée, l’équivalent de ce que produit toute l’industrie française en un an.

Kryvyi Rih, Ukraine, le soir même, à 60 kilomètres de la ligne de front. Avant d’aller se coucher dans le froid, une mère de famille laisse son smartphone allumé à la fenêtre de son immeuble. Une contribution à la défense collective de l’Ukraine : son appareil sert de détecteur acoustique au sein du réseau Sky Fortress, qui compte plus de 15 000 capteurs, pour la plupart des téléphones et micros montés sur des poteaux. Ceux-ci détectent des missiles et surtout des drones qui volent parfois trop bas pour les radars militaires. L’imprécision de ces capteurs en termes de localisation est compensée par leur nombre, qui permet – avec l’aide d’une intelligence artificielle – de trianguler rapidement la direction d’engins russes pour les intercepter.

Quelques jours plus tard, un agriculteur ukrainien reconnaît dans le ciel des drones russes fonçant vers Zaporijia et le notifie immédiatement sur l’application mobile ePPO. D’autres signalements de civils aident ainsi la défense à localiser et abattre la plupart des drones avant qu’ils n’atteignent la ville, où ils blesseront plusieurs enfants. Pendant ce temps, sur le front saturé par ces objets volants et des brouillages toujours plus intenses, le système Zvook monte en puissance et permet même de remonter jusqu’aux batteries d’artillerie russes et de les éliminer.

À travers tout le pays, ces remontées de terrain s’ajoutent à celles de quarante types de capteurs différents (radars, renseignement électronique, infrarouge, imagerie satellitaire ou encore flux vidéo). Elles sont ensuite traitées par des logiciels de fusion de données comme Virazh, développé dès 2014 et perfectionné notamment par un usage croissant de l’IA, et par le système d’information tactique Delta, incontournable dans le commandement ukrainien.

Quatre ans après l’invasion à grande échelle de leur pays par la Russie, telle est la base de la résilience des Ukrainiens : une défense totale, qui repose en partie sur la détermination de la population civile, qui vient au secours de l’armée. Et c’est cette approche qui a permis à l’Ukraine d’être aussi pionnière dans la révolution des drones.

Aux origines d’une révolution droniste

Car, dès 2014-2015, face à des moyens limités, ce ne sont pas les structures étatiques traditionnelles qui ont porté la modernisation, mais la société civile qui a impulsé l’acquisition et l’adaptation rapide de drones, dont Kyiv avait déjà perçu l’intérêt pour surveiller le front « gelé » du Donbass et, dès les premières semaines de la guerre, pour contrarier une armée russe bien plus nombreuse.

Il en est ainsi du Bayraktar TB2, drone tactique turc dernier cri, capable de monter jusqu’à 7 000 mètres et armé de missiles air-sol, acquis en partie grâce à la campagne de crowdfunding « People’s Bayraktar » lancée en juin 2022 par « l’autre Zelensky », le comédien Serhiy Prytula, devenu chef de guerre. Il s’est illustré contre l’ennemi au point que les soldats ukrainiens lui ont dédié une chanson. Hélas, les Russes ont vite trouvé la riposte, notamment grâce à leurs systèmes de brouillage, le rendant vite obsolète. Et le Kremlin a rattrapé son retard et s’est muni de redoutables drones iraniens Shahed, obligeant des milliers de résidents de Kyiv à se réfugier dans les stations de métro pour dormir, souvent par des températures glaciales.

Mais les Ukrainiens ont repris leur avance avec d’autres appareils peu coûteux, dont les performances étonnent rapidement les observateurs occidentaux.

Simplicité technique et génie tactique

C’est notamment le cas avec le UJ-26 Bober (« castor »), d’une portée de près de 1 000 kilomètres, lui aussi financé par les dons de citoyens et produit en masse. En mai 2023, il réussit même l’exploit de frapper Moscou.

Toujours sur la base du système D, l’année suivante, Kyiv recycle des ULM pour en faire des drones capables de porter 500 kilogrammes de charge utile à plus de 1 200 kilomètres. Avant que d’autres ne commencent à matraquer les raffineries russes à plus de 1 300 kilomètres de la frontière l’année suivante.

Ces drones font d’une pierre deux coups : ils affaiblissent sévèrement l’industrie pétrolière adverse et montrent à Poutine la vulnérabilité de son territoire. Les défenses aériennes russes sont dépassées à la fois par les caractéristiques des appareils, difficiles à détecter et à intercepter, et par la dispersion des sites à couvrir sur un territoire immense.

Le mélange de simplicité technique et de génie tactique des dronistes ukrainiens se retrouve dans des exemples moins spectaculaires, mais non moins utiles. Coûtant l’équivalent de 500 euros, le Chaïka (« mouette ») est fait de très léger balsa, utilise un moteur de tondeuse à gazon et s’avère capable de délivrer 3,5 kilogrammes d’explosifs à plus de 700 kilomètres. Les Ukrainiens les recouvrent d’aluminium pour amplifier leur écho radar, au point que les Russes les confondent avec des appareils bien supérieurs. Du bricolage en guise de stratégie efficace.

Il en est de même sur le plan naval. Privée de navires dès le premier jour de la guerre, l’Ukraine leur a substitué une flotte de drones pour conduire la première attaque navale de surface de l’histoire, endommageant plusieurs navires russes.

Parmi les prouesses de cette véritable guerre asymétrique que mène l’Ukraine en mer Noire, en 2025, un drone MAGURA V7 d’une valeur de 250 000 euros a abattu un chasseur russe Su-30 coûtant 50 millions de dollars. La même année, un autre type d’engin a détruit à quai un sous-marin russe de classe Kilo, justifiant la stratégie ukrainienne et sa volonté de valoriser ses entreprises innovantes.

Un écosystème connectant les start-up à l’armée

La mobilisation de ces sociétés a permis à Kyiv de faire exploser sa production de drones. Celle-ci est passée de 5 000 unités en 2022 à 300 000 en 2023, dépassant les 2 millions l’année suivante et les 4,5 millions en 2025, visant une production de 7 millions cette année, contre quelques milliers pour la France, donc. La filière ukrainienne des drones regroupe désormais plus de 900 entreprises de tailles très variables.

Des brigades aux start-up, le savoir-faire des dronistes ukrainiens se perfectionne ainsi grâce à des boucles courtes. Mais leur ennemi n’est pas en reste. Malgré ses rigidités, la Russie s’adapte constamment, opposant rapidement des contre-mesures à la moindre innovation des Ukrainiens, qui doivent rapidement progresser en retour. Ce qui n’est pas toujours suffisant.

La guerre des ondes

Car, s’il est un domaine où la Russie excelle et a vite compliqué la tâche des drones ukrainiens, c’est celui de la guerre électronique, à travers le brouillage de la navigation.

De plus en plus de soldats ukrainiens et russes portent des sacs à dos équipés de brouilleurs avec des antennes réglées sur plusieurs fréquences. C’est aussi le cas de drones terrestres pouvant désorienter ceux de l’ennemi. De quoi conduire les deux belligérants à s’équiper de drones à fibre optique. Une innovation majeure introduite par les forces du Kremlin. Guidés par des câbles, ces appareils résistent au brouillage et sont indétectables par le renseignement électronique, car ils n’émettent pas de signature.

Entre autres parades rudimentaires mais efficaces, les Ukrainiens déploient au sol des duos de pylônes reliés par un fil barbelé, qui tournent grâce à un moteur et coupent les câbles. Une autre solution consiste, pour les combattants, à se déplacer dans des pick-up à toit ouvert et à abattre les drones au fusil à pompe, plutôt que dans des véhicules blindés où ils risquent d’être brûlés vifs. C’est ce que s’acharnait à faire Oleksandr Hordienko, un agriculteur et député du conseil régional de Kherson. Il a abattu plus de 80 drones russes avec son fusil après que les Russes eurent détruit ses tracteurs, sa voiture et sa maison. Il a hélas lui-même été tué par un drone en septembre dernier, alors qu’il travaillait dans ses champs, refusant de quitter ses terres.

Orage d’acier et tempête de drones

Les drones ne représentaient au début de la guerre qu’une infime part de l’origine des pertes humaines et matérielles, la plupart étant dues à l’artillerie. Moins d’un an plus tard, 80 % des morts pouvaient leur être imputées. Mais jusqu’au début de 2024, elles concernaient surtout la ligne de front. La situation a depuis complètement changé.

Désormais, la « kill zone » s’étend jusqu’à 25 kilomètres derrière la ligne de contact entre les deux armées. Le quadrillage permanent du ciel par les drones a débouché sur une transparence du champ de bataille inédite dans l’histoire, compliquant la moindre manœuvre, et plus encore l’idée de surprise tactique. À hauteur d’homme, s’abriter derrière un mur ou un arbre, avancer dans un fossé ou rampant, est de peu de secours face à la mort venue d’en haut, les drones s’immisçant jusque dans les forêts ou les ruines, malgré leurs limites.

Des limites pour combien de temps ?

Car ils rencontrent encore des obstacles et des limites. À commencer par les éléments naturels, ainsi que l’a expliqué le sergent Dimko Zhluktenko à Business Insider en janvier : « La fin octobre a été un désastre. L’Ukraine devient brumeuse en automne, avec des nuages épais et bas […] Ils sont si épais qu’aucune caméra infrarouge ni thermique ne peut voir à travers, et pendant de nombreux jours, il a été totalement impossible de faire voler nos drones. À ce moment-là, les Russes ont profité des nuages, les utilisant pour couvrir leur avance à pied et en véhicules. » Il en est de même de la pluie et de la nuit, faute de matériel adapté en nombre suffisant. D’où le recours de plus en plus constant à l’intelligence artificielle, permettant d’améliorer la navigation des engins et leur capacité de reconnaissance de l’ennemi. Si les Ukrainiens s’interdisent de déléguer à l’IA la décision de tuer, chaque frappe étant validée par un humain, les Russes ne respectent pas cette règle et développent des essaims d’engins intelligents, qui devraient s’avérer redoutables sur le champ de bataille.

Pour le moment, les drones ne remplacent pas les soldats au sol lorsqu’il s’agit de tenir, de prendre ou d’occuper le terrain. Mais cette partie d’échecs entre les deux pays accélère la transition vers un nouvel âge de la guerre. Où les êtres humains seront progressivement marginalisés ?

Aurélien Duchêne est géopoliticien, spécialiste de la Russie. Dernier ouvrage paru : La Russie de Poutine contre l’Occident, Editions Eyrolles, 2024.

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Je viens de finir Alan Wake (le premier). Et voilà que j'apprends qu'il y a trois DLC... Mais deux seulement sont des DLC d'Alan Wake. Le troisième es...

Tristan K. @tristankamin.bsky.social posted:
Je viens de finir Alan Wake (le premier). Et voilà que j'apprends qu'il y a trois DLC... Mais deux seulement sont des DLC d'Alan Wake. Le troisième est narrativement une suite d'Alan Wake mais est un DLC de Control.

Ils sont vraiment perchés chez Remedy 🤪.

ENQUETE FRANCETV. Une fuite de données médicales inquiète en France, entre 11 et 15 millions de personnes touchées - franceinfo

26 février 2026 à 21:49
Oh bordel : « Dans certains cas, la base fait état du dossier médical du patient, de manière détaillée. On y retrouve des informations sensibles remplies par des professionnels de santé : "porteuse sida !!! !!!!", "serait homosexuelle d'après sa mère", "mère musulmane voilée", ou encore "catholique non pratiquante car ses 2 frères sont suicidés". »
😱 Oh mais non...
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Malvertising : sur les plateformes de Meta, 31 % des publicités sont malveillantes - Next

26 février 2026 à 11:44
Ah ouais, 31% c'est un beau pourcentage !  Pratiquement un tier des publicités sur Facebook sont donc malveillantes.
Bravo Facebook, après tout l'argent n'a pas d'odeur ?
Sans compter qu'il a tout fait pour que Facebook se remplisse de slop.
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Kansas Sends Letters To Trans People Demanding The Immediate Surrender Of Drivers Licenses

26 février 2026 à 09:03
L'attaque contre les personnes trans continue aux USA. Aux Kansas, toutes les personnes trans ont reçu un courrier leur demandant de rendre leur permis de conduire, sous peine d'amendes et de prison. Le fascisme est en marche.

EDIT: Comme on me le fait remarquer, il n'y a pas de cartes d'identité aux USA. C'est souvent le permis de conduire qui fait office de carte d'identité. Et donc face à un contrôle de ICE, devinez ce qu'il se passe ? Très probablement la déportation.

EDIT: Et le Texas va bannir les dragqueens : https://www.lgbtqnation.com/2026/02/appeals-court-allows-texas-drag-ban-to-go-into-effect-next-month/

EDIT: L'armée bannit les séropositifs : https://www.stophomophobie.com/serophobie-institutionnelle-une-cour-dappel-americaine-confirme-lexclusion-des-personnes-vivant-avec-le-vih-de-larmee/
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The Slow Death of the Power User — fireborn

26 février 2026 à 07:39
Un *excellent* article qui met en mots ce que j'avais en tête : L'industrie toute entière (GAFAMs compris) a tout fait pour transformer les UTILISATEURS en CONSOMMATEURS. (Et comment on va perdre une génération de technophiles et hackers.)
Nous sommes entrés dans l'ère de l'inculture technique. La plupart des gens ne savent pas où sont sauvegardés les fichiers sur leur smartphone ou comment décompresser un fichier zip sur ordinateur... quand ils arrivent seulement à trouver où est le fichier zip dans l'arborescence.

Cela créé une génération complète d'illectronisme, ce qui aura forcément un impact: moins de hackers, moins de personnes qui comprennent comment fonctionnent les systèmes. Et cela arrange bien les fabricants de cages dorées.

Et ça m'attriste terriblement.
(Si vous lisez https://sebsauvage.net/about/, ce n'est pas pour rien que j'écris : "Je prône le Logiciel Libre et l'émancipation informatique. J'aime aider tout un chacun à découvrir tout ce qu'il est possible de faire avec un ordinateur, aider les gens à comprendre et exploiter la technologie. Et ne pas se laisser exploiter par elle.")

Parce que au final, cet article explique que ne pas comprendre la technologie, c'est se faire exploiter.
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Reçu — 25 février 2026 De tout et de rien

L’art délicat de la démocratie par les bombardements

25 février 2026 à 20:32

Une intervention militaire étrangère peut-elle apporter la démocratie ? L’expérience semble montrer que ce n’est pas le cas. Pourtant, il existe quelques exceptions. L’Iran peut-il être l’une d’entre elles ?

Renverser les mollahs à Téhéran

Ce n’est peut-être pas, hélas, l’objectif prioritaire de la Maison-Blanche, qui a massé des forces militaires sans équivalent depuis plus de vingt ans et lancé à Téhéran un ultimatum expirant début mars, dont les termes sont clairs : signez un accord acceptable sur le nucléaire, les missiles balistiques et la fin des ingérences régionales, sinon…

Sinon, Washington déclenchera des raids aériens massifs détruisant non seulement les sites nucléaires et balistiques des mollahs, mais aussi (peut-être) son appareil de répression. Ce qui ouvrirait la voie à une nouvelle révolte pouvant emporter, cette fois, la République islamique. Comme un effet collatéral heureux d’une intervention ayant d’autres motivations. Un scénario plausible au risque toutefois de l’inconnu, même si est grand l’enthousiasme à l’idée de voir tomber un régime sanguinaire qui déstabilise le Proche-Orient. Car, au sein de l’opposition, monarchistes, républicains laïcs et ex-marxistes-léninistes se détestent cordialement, même s’ils tentent de se rapprocher depuis peu après plusieurs échecs. Ce qui pose la question : une intervention militaire extérieure peut-elle imposer la démocratie en général, et en Iran en particulier ?

Les raisons des fiascos

« Non, la démocratie n’arrive pas dans les valises des chars et les soutes des bombardiers d’un pays étranger », est la réponse, quasi instinctive, de la plupart des politiques et analystes. Ce qui peut se comprendre. Si la démocratie pouvait se décréter par la volonté des canons de puissances étrangères, la tentation serait grande de multiplier de telles interventions dangereuses entachées d’un paternalisme néocolonial.

En outre, les précédents historiques montrent bien plus d’échecs que de succès, faute de tenir compte de la complexité des dissensions politiques, ethniques et religieuses locales. Ne pas oublier non plus l’effet de ralliement autour du drapeau pouvant désigner l’étranger comme un « ennemi commun ». Même accueillies en sauveurs, les armées étrangères sont rapidement considérées pour ce qu’elles sont : des forces d’occupation. Qui devront partir pour laisser un peuple chercher seul de nouveaux équilibres institutionnels et partisans. Et précisément, après des décennies de dictature sanglante, ledit peuple manque de figures expérimentées, sauf dans les prisons, les cimetières ou en exil. Mais aussi, et surtout, de fondements institutionnels capables de piloter une marche pacifique vers le multipartisme, la liberté d’expression et de la presse.

Quelques contre-exemples

Mais ce dogme mérite d’être questionné. Il existe quelques contre-exemples historiques, à commencer par la première installation de la démocratie dans un grand pays européen, l’Angleterre à l’issue de la Glorieuse Révolution de 1688 ; le renversement du roi Jacques II par le corps expéditionnaire d’un prince batave (et son gendre), Guillaume d’Orange. L’instauration de la monarchie parlementaire y a ouvert la voie à deux siècles de stabilité et d’État de droit ; plus aucune révolution, situation insurrectionnelle, ou guerre civile, n’ont émergé depuis, alors que l’histoire de ce pays en était truffée à l’époque.

Plus récemment, en revanche, la plupart des tentatives ont échoué. Même si viennent à l’esprit quelques transitions réussies après la chute du nazisme en Allemagne, de Mussolini en Italie et de l’impérialisme japonais, en 1945. Des cas toutefois exceptionnels, avec des régimes hyper-criminels de guerre capitulant sans conditions et des pays intégralement occupés. Rien à voir avec ce qui pourrait s’envisager aujourd’hui, où le cahier des charges implicite défini par l’opinion publique occidentale est : peu de morts civils dans le camp d’en face, pratiquement aucun parmi nos militaires et une transition ordonnée. Quitte à oublier ce que disait Mark Twain : « Ceux qui veulent la démocratie sans un peu de désordre sont comme des paysans qui voudraient la pluie pour leurs récoltes mais sans les orages »…

Trois échecs majeurs et une illusion

La stratégie de « regime change » a ainsi connu trois échecs majeurs : en Afghanistan, les talibans renversés en 2001 sont revenus inéluctablement vingt ans plus tard, sans devenir « inclusifs », comme l’espérait avec une infinie naïveté, ou un cynisme consommé, Jean-Yves Le Drian, alors ministre des Affaires étrangères. Les États-Unis avaient mal évalué les complexités des inimitiés entre ethnies dans ce « cimetière des empires ». Leur action pouvait être résumée par la formule du sénateur Charlie Wilson, l’instigateur de l’aide américaine aux adversaires afghans des Soviétiques après leur invasion en 1979 : « On a tout bien fait au début et ensuite on a merdé, comme d’habitude ».

En Irak, après le renversement de Saddam Hussein, Washington a notamment sous-estimé – et surtout méconnu – les antagonismes entre chiites, sunnites et kurdes, conduisant à des arrangements et des rivalités dignes d’un mobile de Calder. Aussi, croire pouvoir tenir un pays de 27 millions d’habitants avec 130 000 soldats était particulièrement naïf. Quant à limoger les officiers sunnites de l’armée pour cause d’adhésion au parti Baas, et mettre ainsi au chômage 20 000 hommes formés à tuer pour qu’ils rejoignent Daech, ce n’était pas l’idée du siècle.

Enfin, après l’élimination de Kadhafi par les armées française et britannique durant le Printemps arabe, la démocratie n’a pas pu prendre racine dans un pays ravagé par 42 ans de terreur et de surveillance, surtout sur fond de pillage des arsenaux du régime.

Et si, il y a quelques semaines, certains ont rêvé que la capture du président vénézuélien, Nicolás Maduro, ouvrirait la voie à la démocratie, il ne faut pas se faire trop d’illusions. Le régime a sauvé sa peau en sacrifiant son numéro un lors d’un raid où il est invraisemblable que ses 32 gardes du corps cubains aient été neutralisés en quelques minutes par un commando américain héliporté et rentrant indemne. Or, leur élimination par une unité aux ordres de la vice-présidente Delcy Rodríguez paraît bien plus probable, signant une collusion avec l’Amérique dont le rétablissement de la démocratie n’était visiblement pas la priorité. Preuve en est la nouvelle tendance des deux pays à s’entendre comme larrons en foire, par la grâce de négociations encore inabouties sur les questions pétrolières.

Les leçons de l’Argentine et de la Serbie

Mais le pire n’est pas toujours sûr. On peut lister l’intervention américaine à Grenade en 1983 contre une dictature marxiste-léniniste, appuyée par quelques pays des Caraïbes, ayant vu la Première ministre de la Dominique, Eugenia Charles, saluer Ronald Reagan en ces termes cavaliers et laudateurs : « Mister President, you have big balls ! ».

Il en est de même du renversement du président gambien, Yahya Jammeh, ayant refusé de reconnaître une défaite électorale en Gambie en 2016 et éjecté de son poste par la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest), menée par le Sénégal. On citera surtout l’Argentine, où la junte militaire totalement discréditée par l’humiliation nationale de la défaite face au Royaume-Uni durant la guerre des Malouines en juin 1982, a jeté l’éponge l’année suivante. Et la Serbie, en octobre 2000, où une révolte populaire majoritairement pacifique a emporté le régime délégitimé de Slobodan Milošević – affaibli par la perte du Kosovo suite à l’intervention de l’OTAN en 1999 –, ne faisant que 2 morts et 65 blessés, après des années de guerres fratricides et meurtrières.

Le point commun à ces opérations réussies ? Tout d’abord, pas de troupes étrangères sur le sol national et des pertes civiles faibles (aucune en Argentine). Les interventions militaires ont discrédité les régimes, mais ce sont les peuples qui ont achevé le travail. Deuxièmement, une situation économique, sociale et des libertés publiques très dégradées, accompagnées d’une inflation galopante, de pénuries critiques, d’une corruption endémique et d’un isolement international ayant rendu le régime très impopulaire. Troisièmement, une société civile relativement robuste, avec des syndicats, des ONG, des mouvements d’opposition tolérés, comme celui des mères de la place de Mai à Buenos Aires, ou Otpor (financé par Washington) à Belgrade, et des institutions étatiques fonctionnelles et pas entièrement peuplées de partisans du régime.

Une expérience préalable de la démocratie constitue aussi un plus, voire un must. Il faut admettre que la plupart des expériences réussies d’établissement de la démocratie par une intervention militaire extérieure ont plutôt été un… rétablissement ! L’Allemagne de 1945 avait connu une expérience d’État de droit robuste au XIXe siècle, quoique sous un régime autoritaire, ainsi qu’une période démocratique, bien que brève, avec la République de Weimar, malgré ses faiblesses originelles. Idem pour le Japon avec la période libérale Taisho entre 1913 et 1926. Grenade et la Zambie entrent aussi dans ce cas de figure. Quant à l’Argentine, elle avait vécu la majorité du temps sous le régime du multipartisme et des élections libres lors du siècle ayant précédé la junte militaire en 1976. La démocratie prend généralement du temps pour s’installer solidement. Rappelons que concernant la France, par exemple, il a fallu huit décennies et une ribambelle de révolutions, de coups d’État et de guerres perdues pour y parvenir.

Cinquième critère : des forces de répression qui n’étaient plus prêtes à « tirer dans le tas », comme résignées et conscientes de l’échec politique du régime qu’elles servaient. Les manifestants serbes ont ainsi pris d’assaut au bulldozer le siège de la télévision publique, puis le Parlement le 5 octobre 2000 sous l’œil placide de la police… voire en profitant de la complicité d’une partie du régime. La plupart des révolutions ont une composante discrète de coup d’État. Et la junte du général Galtieri à Buenos Aires a passé la main sans combattre.

L’Iran cocherait-il ces cases en cas de raids aériens américains ? Les points 1 et 2 certainement, un peu le point 3, considérant l’existence d’une société civile plus robuste qu’on ne pourrait le penser après 47 ans de théocratie, comme le montre le courage des étudiants ayant repris ces derniers jours leurs manifestations. L’Iran ne coche pas vraiment le point 4, malgré des ébauches de tentatives de démocratie jadis, mais sa jeunesse en grande partie éduquée et occidentalisée permet d’espérer. En revanche, pour le point 5, les Gardiens de la révolution et consorts semblent déterminés à ne rien lâcher…

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Blood-drunk shooter Ultrakill is back with a whole hellworld full of lies, portals and non-Euclidean spaces | Rock Paper Shotgun

25 février 2026 à 15:50
Oh la vache... un boomer-shooter avec des espaces non-euclidiens, ça va donner !
(Si à l'occasion vous avez la possibilité de jouer à Hyperbolica, je vous recommande. Je surnomme ce jeu "Gerbotron".)
(Permalink)

Bcachefs creator claims his custom LLM is 'fully conscious' • The Register

25 février 2026 à 14:00
Oh misère... bcachefs avait l'air d'être en voie pour être le nouveau système de fichier tout beau tout neuf de Linux, pour remplacer un ext4 vieillissant. bcachefs est un système de type Copy-on-Write comme btrfs et XFS, apportant des fonctionnalités intéressantes.

Mais son développeur est parti en sucette. Non seulement il développe avec de l'IA, mais il maintient mordicus que 1) son IA est réellement consciente  2) que c'est une femme.
(PS: Une LLM ne peut pas être consciente, c'est un générateur statistique de texte.)

Ah les dégâts psychologiques des LLM... surtout avec toutes ces sociétés qui font tout pour anthropomorphiser leurs LLMs (présentation sous forme de chatbot, LLM qui sont faites pour présenter des "excuses", pour faire semblant d'avoir des sentiments ("je suis désolé"), etc.)
(Permalink)

Hauk | F-Droid - Dépôt d'applications pour Android libres et open source

25 février 2026 à 13:49
Si vous avez besoin de partager votre position en temps réel sans donner votre âme à Google, voici une solution simple et qui marche bien :
- installez cette application sous Android.
- dans les paramètres entrez l'adresse du serveur : https://hauk.live/
- activez le partage.
- partagez l'URL obtenue.

Cette URL est valide pendant un temps limité et vous pouvez couper le partage de position à tout moment. La personne qui reçoit l'URL n'a pas besoin d'une application spécifique : Elle l'ouvre dans un navigateur, et votre position s'affiche en temps réel sur un fond de carte OpenStreetMap.
Le lien peut expirer au bout d'un certain temps (à votre convenance, mais c'est 6 heures max sur le serveur hauk.live).

La partie serveur est même auto-hébergeable.
https://github.com/bilde2910/Hauk


EDIT: À tester également : https://apt.izzysoft.de/fdroid/index/apk/xyz.zood.george
(https://www.zood.xyz/)
(Permalink)

La DGSI accusée de bloquer l’adoption d’une loi renforçant la cybersécurité - Next

25 février 2026 à 12:46
La DGSI (Direction Générale de la Sécurité Intérieure) veut réduire notre sécurité. Cherchez l'erreur.

Notez bien aussi : "La DGSI ne parviendrait en effet à pirater que 25 à 30 % des smartphones seulement."
Ce qui veut dire qu'Apple et les fabricants de smartphone Android ont fait des efforts pour améliorer la sécurité. (Et c'est malheureusement aussi pour ça qu'il vaut mieux ne pas se traîner des smartphones avec de vieilles versions d'Android qui ne recoivent plus de mises à jour.)
(Permalink)

Insécurité : les caméras de vidéosurveillance font-elles vraiment baisser la délinquance dans les communes ? - franceinfo

25 février 2026 à 12:32
La police : "On veut de la vidéosurveillance !"

La vidéosurveillance, ça marche pour faire baisser la criminalité ?
- Les mairies : "On sait pas !"
- La police : 🤐
- Les faits : ça ne change rien.

Extrait :
"Il y a 6 ans, la Cour des comptes pointait l'absence de lien entre vidéosurveillance et baisse de la délinquance :"Aucune corrélation globale n'a été révélée entre l'existence de dispositifs de vidéoprotection et le niveau de la délinquance commise sur la voie publique ou encore le taux d'élucidation".

En 2021, une autre enquête a été réalisée pour le compte de la gendarmerie et a passé au crible près de 2 000 affaires judiciaires. "On n'a pas identifié de différence de niveau de résolution sur les communes équipées ou sur les communes non équipées de vidéoprotection de voie publique", explique son auteur, Guillaume Gormand, chercheur à Sciences Po Grenoble - Université Grenoble Alpes, qui en est arrivé aux mêmes conclusions."

Donc dépenser des millions d'euros d'argent public pour une technologie de surveillance innefficace qui détruit un peu plus la vie privée des citoyens, ça ne me semble pas un super choix.
(Permalink)

Why OOXML Is Not a Standard Format for Office Documents - FOSS Force

25 février 2026 à 10:32
Ces derniers temps LibreOffice rage contre OnlyOffice. Son argument est que ce dernier, en utilisant le format OOXML (le format de Microsoft : .docx/.pptx/etc.) ils font le jeu de Microsoft. Et ils ont raison.
La spécification de OOXML fait plus de 7000 PAGES (!), et même Microsoft n'arrive pas à implémenter correctement sa propre spécification.
À titre de comparaison, la spécification d'OpenDocument (LibreOffice/OpenOiffice) fait environ 700 pages.
Et oui : Microsoft a créé OOXML *uniquement* pour faire la nique à OpenOffice à une période où tout le monde était sur le point de basculer sur OpenOffice.

Donc les Logiciels Libres (LibreOffice, OnlyOffice...) font de leur mieux pour lire correctement le format de Microsoft (OOXML). Et de son côté Microsoft a implémenté comme une merde la lecture des documents OpenDocument/LibreOffice.
Conséquence: Que pensent les utilisateurs ? Que LibreOffice c'est de la merde, puisque quand on ouvre ce format dans Microsoft Office ça fait de la merde.
Bien joué Microsoft.
(C'est un grand classique de Microsoft: Faire mine de supporter un format concurrent, mais le supporter comme une merde, et inventer son propre format qui bien sûr marche bien sans ses propres outils.)

À titre personnel quand on m'envoie un document Word, je réponds "Je ne peux pas le lire, je n'ai pas Word. Pouvez-vous m'envoyer un document PDF ou un document LibreOffice ?"
Oui je fais chier mon monde, mais j'en ai marre que tout le monde considère normal de filer du fric à Microsoft.
(Permalink)

Note: Stardew Valley - Choses vues, sur le web et ailleurs

25 février 2026 à 10:22
Ouais, je trouve aussi que ce jeu est extraordinaire.
Tu joue juste "comme ça" et tu te retrouves vite accroché. Il y a des tonnes de choses à faire et découvrir, mais à aucun moment le jeu ne te met la pression. Chacun joue à son rythme. C'est presque un jeu "doudou". Un jeu qui fait du bien.
C'est devenu un grand grand classique du jeu vidéo (il suffit de voir le nombre de jeu qui s'en inspirent sur Steam !).
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Des dirigeants de Microsoft craignent que l'IA ne supprime les emplois de codeurs débutants, Russinovich et Hanselman affirment que les entreprises doivent former les juniors et non les remplacer

25 février 2026 à 07:13
Microsoft : Dépense des dizaines de milliards de dollars dans une technologie pour soit-disant "remplacer" les gens.
Also Microsoft : "Non mais attendez, faut pas remplacer les gens !"

Ben comment vous dire... c'est vous qui poussez à ça, non ?
(PS: J'ai une énorme estime pour Mark Russinovich, et je comprend que ça le fasse hurler.)
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