Des gens qui prenaient des photo de l'éclipse de soleil ont obtenu une image très détaillée... de la lune. L'intelligence artificielle est complètement conne, elle ne comprend rien et pourtant les fabricants l'autorisent à bidouiller vos photos (qui du coup ne correspondent plus à la réalité). (Permalink)
Voilà, on vous l'avait dit. "Je n'ai rien à me reprocher" n'est jamais un argument valable, parce que fondamentalement ce n'est pas VOUS qui choisissez ce qu'il y a à vous reprocher.
Et là le gouvernement Trump achète des données aux GAFAMs pour poursuivre ses opposants : "L'agence américaine de l'immigration (la célèbre ICE) a envoyé des centaines de demandes de données à Google, Meta, Reddit et Discord pour identifier des comptes critiques envers sa politique. Des requêtes normalement réservées aux enquêtes criminelles, utilisées ici pour repérer de simples citoyens." (Permalink)
Non, ce n’était pas mieux avant. Vraiment pas. En un siècle, l’humanité a gagné quarante ans d’espérance de vie. Pas grâce à la sagesse des anciens, mais grâce à des molécules, des vaccins et à quelques chercheurs de génie. Une révolution silencieuse, l’une des plus grandes de l’histoire humaine.
Voici une question simple : savez-vous ce qui vous aurait tué si vous étiez né il y a deux cents ans ? Pas forcément la guerre. Pas forcément la famine. Très probablement une infection. Une eau contaminée. Une plaie mal nettoyée. Une pneumonie. Une rage de dents devenue septicémie. En 1900, l’espérance de vie mondiale était d’environ 31 ans. Aujourd’hui, elle dépasse 71 ans. Ce bond prodigieux n’est pas tombé du ciel. Il est devenu possible lorsque nous avons compris que nos ennemis invisibles avaient un nom, une forme et qu’ils pouvaient être combattus.
L’enfer ordinaire d’avant la médecine moderne
Pour comprendre l’ampleur du chemin parcouru, il faut accepter de regarder en face ce qu’était la vie avant la révolution médicale. Jusqu’au XIXᵉ siècle, les villes d’Europe étaient des bouillons de culture au sens le plus littéral du terme. Les humains vivaient au milieu de leurs animaux, les excréments contaminaient les puits et les rivières, et les maisons en bois, humides, sombres et mal ventilées, offraient un terrain idéal à la vermine et aux micro-organismes. Comme l’a sobrement noté un historien de l’époque, « du point de vue de la santé, la seule chose à dire en leur faveur est qu’elles brûlaient facilement ». Et avec elles, les parasites et les maladies qu’elles abritaient.
La peste revenait régulièrement ravager les villes. À Besançon, elle frappa quarante fois entre 1439 et 1640. La peste noire du XIVᵉ siècle avait tué une part immense de la population européenne. À Londres, en 1349, plus de deux cents cadavres étaient enterrés chaque jour dans un seul cimetière. Face à cela, que proposaient les médecins ? Des saignées. On ligaturait le bras du patient, on ouvrait la veine, on le vidait d’une partie de son sang, ce qui achevait souvent les plus faibles. En France, rien qu’en 1846, trente millions de sangsues furent utilisées à des fins médicales. Pour des résultats nuls, voire négatifs.
Les mères mouraient en couches. Les enfants mouraient de rougeole, de scarlatine, de coqueluche. Les blessés mouraient d’infection faute d’antibiotiques. Les opérés mouraient sur la table faute d’anesthésie, ou dans les jours suivants faute de désinfectants. Vieillir, dans ce monde-là, c’était perdre la vue, perdre l’usage de ses jambes, souffrir longtemps et mourir tôt.
Médecine sans chimie : qui veut vivre comme un roi ?
Pendant des millénaires, l’humanité a combattu un ennemi qu’elle ne pouvait pas voir. Lorsque Joseph Jackson Lister met au point le microscope achromatique, les micro-organismes deviennent enfin visibles. Louis Pasteur en tire les conséquences : ces créatures invisibles gâtent le lait, le vin et, surtout, elles tuent les gens. La pasteurisation devient une arme d’hygiène publique. Pasteur développe aussi des vaccins contre la rage et le charbon. La guerre contre les microbes pouvait commencer.
Mais c’est un médecin hongrois méconnu, Ignaz Semmelweis, qui signe l’un des actes fondateurs de la médecine moderne. En 1846, il observe que les femmes meurent beaucoup plus en couches lorsque les médecins arrivent directement de la salle d’autopsie. Son intuition est fulgurante : ils transportent quelque chose de mortel sur leurs mains. Sa solution aussi : les laver à l’eau de chaux chlorée. Résultat : la mortalité maternelle est divisée par dix, de près de 20 % à moins de 2 %.
Un geste chimique d’une simplicité déconcertante, encore fallait-il qu’il devienne accessible à tous. Connu depuis l’Antiquité, le savon était longtemps resté un produit de luxe ou de lessive. Son industrialisation au XIXᵉ siècle, notamment grâce aux travaux du chimiste Michel-Eugène Chevreul, en fit un outil de santé publique. Dans les hôpitaux, les maternités, les casernes, partout où le lavage des mains se généralisa, la mortalité infectieuse recula. Aujourd’hui encore, l’OMS estime que le simple lavage des mains au savon pourrait prévenir près d’un million de morts par an. Pour quelques centimes.
Aujourd’hui, cette révolution nous paraît si banale que nous n’y pensons plus. Ouvrir un robinet et obtenir instantanément une eau potable semble une évidence. C’est pourtant le fruit de plus d’un siècle de recherche, d’investissements et d’infrastructures. À l’échelle mondiale, l’accès à l’eau potable a permis de réduire drastiquement la mortalité liée aux maladies diarrhéiques, qui tuent encore près de 500 000 enfants de moins de cinq ans chaque année. Un chiffre qui reste effrayant, mais qui se comptait en millions il y a seulement quelques décennies.
De la variolisation au vaccin
L’histoire de la vaccination commence dans les ruelles de Constantinople, au début du XVIIIᵉ siècle. Lady Mary Wortley Montagu, femme de l’ambassadeur britannique en Turquie, y découvre une pratique étrange : des femmes introduisent sous la peau d’enfants sains de la matière prélevée sur les pustules de malades de la variole afin de provoquer une forme légère de la maladie et une immunité durable. Défigurée par la variole et ayant perdu son frère, elle fait inoculer son propre fils en 1718. De retour en Angleterre, elle convainc la famille royale de suivre son exemple. La pratique se répand.
Environ 2 % des personnes inoculées en mouraient, un risque qui paraît énorme. Mais la variole naturelle en tuait près d’une sur trois. Le calcul était vite fait.
En 1796, Edward Jenner franchit l’étape décisive. Observant que les laitières ayant contracté la vaccine, une variole bovine bénigne, sont immunisées contre la variole humaine, il inocule le liquide d’une pustule de vaccine à un enfant de huit ans, James Phipps. Après une légère fièvre, le garçon guérit. Jenner l’expose ensuite à la vraie variole ; l’enfant n’attrape rien. Le vaccin était né, ainsi baptisé d’après le latin vacca (la vache).
28 septembre 1928. Alexander Fleming rentre de vacances dans son laboratoire londonien, notoirement désordonné, et remarque quelque chose d’étrange sur une boîte de Petri oubliée. Un champignon a envahi une culture de staphylocoques, et autour de lui, les bactéries sont mortes. « C’est amusant », aurait-il dit. C’était, en réalité, l’une des découvertes les plus importantes du XXᵉ siècle.
Avant la pénicilline, un simple bobo au genou pouvait conduire à la mort. Une éraflure infectée, une dent cariée ou une angine mal soignée pouvaient dégénérer en septicémie fatale. Aujourd’hui, une boîte d’amoxicilline à quelques euros règle souvent l’affaire en dix jours. Cette banalité est peut-être le plus grand miracle chimique du quotidien.
Les héros méconnus et les remèdes à quelques centimes
La révolution médicale n’est pas seulement faite de grands noms. Elle est aussi faite de solutions modestes, presque ridicules par leur simplicité. Maurice Hilleman voulait devenir gérant de supermarché. Heureusement pour nous, il n’en fit rien, car ce microbiologiste américain développa plus de vingt-cinq vaccins, dont celui contre la rougeole, une maladie que l’on a tendance à considérer comme bénigne, mais qui tuait autrefois des millions d’enfants.
Plus humble encore : la thérapie par réhydratation orale. Dans les années 1970, les diarrhées tuaient massivement les enfants, souvent par déshydratation. La solution ? Un simple mélange de sel, de sucre et d’eau. Testée sur près de 3 000 patients lors d’épidémies de choléra au Bangladesh, elle réduisit la mortalité d’environ 95 %. Son coût ? Quelques centimes par dose. The Lancet la considère comme l’une des avancées médicales les plus importantes du XXᵉ siècle. Elle sauve encore près d’un million d’enfants chaque année.
On aurait encore pu citer l’insuline, l’anesthésie moderne, les corticoïdes, les antirétroviraux, les traitements contre l’hypertension, les statines, les chimiothérapies, les moustiquaires imprégnées, les tests de diagnostic, les antiseptiques, les solutés de perfusion, les traitements antiparasitaires… Si cette liste vous paraît longue, souvenez-vous que c’est précisément sa longueur qui a fait celle de notre espérance de vie.
Ni oubli, ni banalisation
Les progrès de la médecine finissent par devenir accessibles au plus grand nombre. En 1900, un pays avec un revenu par habitant de 1 000 dollars enregistrait une mortalité infantile de 20 pour 100 naissances. Un siècle plus tard, un pays au même niveau de richesse n’en déplorait plus que 7. Même sans croissance économique, la mortalité infantile aurait diminué des deux tiers grâce à la diffusion du savoir médical et des techniques de prévention.
Un pays disposant aujourd’hui d’un PIB par habitant de 3 000 dollars peut espérer la même espérance de vie qu’un pays qui, en 1870, aurait eu un PIB de 30 000 dollars. La science a démocratisé la longévité. Elle a rendu accessible à tous ce qui relevait autrefois du privilège.
Des millions de personnes meurent encore de maladies que nous savons prévenir ou traiter, simplement parce qu’elles n’ont pas accès aux soins. C’est inacceptable et cela reste un défi collectif. Mais la tendance est sans ambiguïté. En un siècle, nous avons plus que doublé notre espérance de vie. Nous avons vaincu des fléaux millénaires. Nous avons appris à combattre les ennemis invisibles qui nous tuaient pour un verre d’eau contaminée, une simple égratignure ou un accouchement.
Contrairement aux idées reçues, la chimie ne fait pas que polluer des rivières. Elle vous a aussi sauvé la vie. Probablement plusieurs fois. Et sans doute celle de vos enfants. Sans que vous le sachiez.
Pourquoi avons-nous peur de la chimie ? Et à qui profite cette peur ? Tout l’été, Les Électrons Libres publient quelques extraits de leur nouveau livre : Naturellement chimique.
Je trouve ça très punk comme idée : Utiliser l'ESP32 d'une ampoule connectée pour créer un point Wifi distribuant des livres interdits. Tant que l'ampoule est alimentée, toute personne à portée peut se connecter dessus pour récupérer les livres, et une ampoule ne lève généralement pas de soupçons (pas comme un RaspberryPi Zero planqué dans un coin). (Permalink)
La ville de Baltimore a fait baisser la criminalité par armes à feux de manière spectaculaire. 68% d'homicides en moins depuis 2019. Comment ? Avec 400 flics en *MOINS* et plusieurs bonnes idées.
Taper *FORT* contre le crime, ça fait bander les droitards, mais ça ne marche pas vraiment (Je rappelle que les USA ont un des plus forts taux de criminalité alors que certains états ont *encore* la peine de mort.) (Permalink)
Malgré son *immense* popularité, Microsoft va tuer le logiciel Publisher.
(Oui si vous avez encore plein de travaux dans ce format fermé et propriétaire (.pub), vous pouvez pleurer. C'est tout l'intérêt des formats ouverts !)
La raison invoquée par Microsoft ? C'est pour « améliorer votre abonnement Microsoft 365 ». #troll (Permalink)
Sous le coude: Let's Encrypt étant américain, je garde sous le coude Actalis.it, une société italienne qui possède un service gratuit de délivrance de certificats.
Pour le jour où ça part encore plus en couille aux USA. (Permalink)
L'État du Texas va demander à VeriSign de bloquer les domaines des sites qui ne respectent pas les lois texanes.
Et là on va voir à quel point la JURIDICTION dans laquelle est gérée la TLD de votre domaine va devenir importante.
(Le .net est sous juridiction américaine, c'est pour cela que j'ai acheté - par sécurité - un .eu (sous juridiction européenne) (Permalink)
TIRED: Des entreprises qui prétendent faire de l'IA, mais en réalité tout est fait par des humains derrière.
WIRED: Des entreprises qui prétendent tout faire par des humains, mais en réalité tout est fait par de l'IA derrière.
(On peut arrêter les conneries, sérieusement ?? Ça ne vous viendrait pas à l'idée, comme business-model, juste de ne pas FUCKING MENTIR À VOS CLIENTS COMME DES ARRACHEURS DE DENTS ?) (Permalink)
De Twitter à Facebook, il faut réaliser que ces médias appartiennent à des milliardaires d'extrême-droite. Tous. Tendance mascu qui lèchent les bottes de Trump. Donc, de manière totalement logique, leurs réseaux favorisent l'extrême-droite dans leurs algorithmes... et la monétisation qui va avec. (Permalink)
Traduction : "Le capitalisme, c'est de plus en plus «Combien de sciure de bois je peux ajouter dans cette saucisse avant que les gens ne s'en rendent compte?» mais pour TOUT."
C'est un bon raccourci de la merdification. (Permalink)
"Si vous devez désactiver la moitié des paramètres du système, désinstaller une douzaine de logiciels préinstallés inutiles, bidouiller le registre et/ou les stratégies de groupe pour modifier des choses que vous ne comprenez pas, juste en suivant des guides trouvés en ligne, uniquement pour rendre Windows 11 à peine “acceptable”, alors tout le discours du genre «oui mais Linux est plus difficile à installer» a très mal vieilli."
Je pense que les gens qui disent "Linux c'est compliqué" n'ont jamais installé ni Linux ni Windows. (Punaise, SÉRIEUSEMENT, le cauchemard que c'est d'installer Windows 11 😖) (Permalink)
C’est un petit point-virgule. Une minuscule ponctuation qui a compliqué l’adaptation de notre agriculture à la sécheresse. Un détail diabolique, qui montre comment le lobbying des ONG peut entraver des projets sur près d’un tiers du territoire français.
Pourtant, dans l’ombre de cette controverse, d’autres mesures ont également suscité une vive opposition. Parmi elles figure l’assouplissement des règles encadrant la création de réserves d’eau agricoles et, dans son sillage, l’évolution des procédures de compensation écologique liées à la destruction de zones humides.
Pour les associations environnementales et une partie de l’écologie politique, il s’agit d’un recul majeur. France Nature Environnement dénonce ainsi un « démantèlement de la protection des zones humides, ouvrant la voie à la disparition de près de la moitié d’entre elles ». Certains commentateurs vont même jusqu’à affirmer que ces dispositions seraient contraires au droit européen.
Mais ces accusations résistent-elles vraiment à l’examen des faits ? Pour répondre à cette question, il faut remonter à plus d’une décennie en arrière. Car avant de débattre de leur protection, encore faut-il comprendre comment les zones humides ont été définies… et pourquoi cette définition fait encore débat aujourd’hui.
Des zones à défendre
Revenons donc aux fondamentaux : qu’est-ce qu’une zone humide ?
C’est avant tout un espace de transition. Un trait d’union naturel entre la terre et l’eau. Selon le rapport publié par l’Observatoire national de la biodiversité (ONB) en février 2025, ces milieux recouvrent une extraordinaire diversité de paysages : marais, tourbières, lagunes, estuaires, prairies inondables ou encore forêts alluviales. Leur point commun ? Une présence d’eau permanente ou simplement saisonnière, qui façonne des écosystèmes parmi les plus riches de la planète.
Leur rôle écologique est tout aussi remarquable. Véritables « éponges » naturelles, les zones humides absorbent les pluies intenses, limitent les inondations et restituent progressivement l’eau lors des périodes de sécheresse. Elles filtrent naturellement les polluants, stockent d’importantes quantités de carbone et abritent une biodiversité exceptionnelle. En France, 100 % des amphibiens, près de la moitié des oiseaux et 30 % des plantes remarquables en dépendent.
Face à leur disparition, la France a progressivement renforcé leur protection. Mais contrairement à une idée largement répandue, les zones humides ne sont pas des sanctuaires intouchables. L’agriculture, les aménagements ou d’autres activités humaines peuvent toujours s’y développer. En revanche, lorsqu’un projet — comme la construction d’une réserve d’eau agricole — entraîne la destruction d’une zone humide, son maître d’ouvrage doit compenser cette perte. En pratique, chaque hectare détruit doit être associé à la restauration, la création ou la préservation d’une surface plus importante ailleurs, généralement comprise entre 1,5 et 2 hectares selon les cas. Une obligation dont le coût financier et la complexité administrative constituent un puissant frein pour les aménageurs.
Sur le principe, le compromis paraît équilibré. Mais pour exiger une telle compensation, encore faut-il savoir où commence… et où s’arrête une zone humide. Comment enfermer un milieu vivant, dont les contours évoluent au rythme des saisons, dans une définition juridique figée ? C’est précisément en cherchant à tracer cette frontière que la machine s’est grippée.
Une définition consensuelle ?
La première tentative de définition commune remonte au 2 février 1971. Ce jour-là, dans la ville iranienne de Ramsar, la communauté internationale signe un traité historique consacré à la protection des zones humides. Son article premier en propose une définition fondatrice : il s’agit « d’étendues de marais, de fagnes, de tourbières ou d’eaux […] permanentes ou temporaires, où l’eau est stagnante ou courante ».
Le message est simple, presque intuitif : une zone humide est avant tout un milieu où l’eau est suffisamment présente pour façonner durablement l’écosystème.
Cette approche fait rapidement consensus. Aux États-Unis, l’Agence de protection de l’environnement (EPA) considère qu’une zone humide doit être inondée suffisamment longtemps pour permettre le développement d’une végétation caractéristique. L’Union européenne retient la même logique : l’eau doit constituer le principal facteur qui contrôle la composition de la végétation. Partout, le principe est donc le même : une zone humide résulte de la combinaison de deux critères indissociables, un sol durablement humide ET une flore adaptée. L’un ne va pas sans l’autre.
Lorsque la France adopte sa loi sur l’eau en 1992, elle s’appuie logiquement sur ce socle international. Le Code de l’environnement évoque d’abord des terrains « habituellement inondés ou gorgés d’eau », puis la présence d’une végétation hygrophile, c’est-à-dire adaptée aux milieux humides. Mais entre ces deux critères, le législateur glisse un simple… point-virgule.
Un détail de ponctuation ? En droit, rien n’est jamais anodin. Ce point-virgule signifiait-il « ET », comme le laissait entendre le consensus international, ou pouvait-il se lire comme un « OU » ? Une ambiguïté qui allait bientôt tout faire basculer.
L’amendement du « ou »
En apparence, la logique voudrait qu’un sol gorgé d’eau abrite nécessairement une flore aquatique. Les deux critères — la nature du sol (pédologie) et la présence de plantes spécifiques (botanique) — semblent indissociables. Pourtant, la réalité est tout autre.
Pour valider le critère pédologique, les experts traquent les traces d’oxydoréduction : des taches rouille ou grises laissées par le fer dans un sol longtemps saturé en eau. Or, ces marques géologiques sont particulièrement persistantes. Un terrain drainé et cultivé depuis des siècles peut conserver cette véritable « mémoire » de l’eau dans son sol, alors même que toute végétation humide a disparu depuis longtemps.
C’est sur ce décalage que la bataille juridique s’est engagée. Exploitant l’ambiguïté de la loi de 1992, où les deux critères étaient séparés par un simple point-virgule, des associations contestent des projets d’aménagement implantés sur des terrains parfaitement secs en surface, mais présentant ces fameuses traces en sous-sol. Face aux litiges, le Conseil d’État tranche en février 2017 : le point-virgule signifie « et ». Les critères sont donc cumulatifs.
L’affaire d’Aménoncourt : le plan d’eau qui a mis le feu aux poudres
Chez les écologistes, qui craignent un déclassement massif, la décision provoque une vive inquiétude. Mais le calendrier va alors offrir une opportunité inattendue, car au même moment, le Premier ministre Édouard Philippe confie aux parlementaires Frédérique Tuffnell et Jérôme Bignon une mission sur l’avenir des zones humides. Déjà acquis à la préservation de ces milieux, ils prêtent une oreille attentive aux ONG et intègrent leur revendication dans le rapport : il faut remplacer l’exigeant critère cumulatif par un simple « ou ».
En 2019, cette proposition trouve alors son chemin jusqu’au Parlement. Un amendement est intégré à la loi créant l’Office français de la biodiversité. Adoptée sans véritable débat public, cette modification, qui semblait n’être qu’un simple ajustement de rédaction, allait pourtant bouleverser en profondeur la définition juridique des zones humides.
Le piège des zones humides « fantômes »
Les conséquences de cet amendement trouvent leur origine dans l’histoire de nos paysages. Pendant des siècles, la France a drainé une grande partie de ses marais, un mouvement encore accéléré après les années 1950 par le développement agricole moderne. Mais si l’eau a disparu, le sol, lui, en conserve souvent les traces : une pédologie caractéristique, qui peut désormais suffire à requalifier des parcelles cultivées en zones humides.
L’ampleur du phénomène est considérable. Les cartographies les plus récentes estiment que 29,5 % du territoire métropolitain répond désormais à cette définition, contre seulement 0,4 % si l’on applique à la France le référentiel de l’enquête européenne LUCAS. Un écart qui illustre combien la définition française est devenue atypique.
Sur le terrain, les conséquences sont bien réelles. Lorsqu’un agriculteur souhaite créer une réserve d’eau — particulièrement dans le quart sud-ouest, ancienne terre de marais —, il découvre souvent que son champ est une zone humide « cachée ». Le couperet tombe : il doit compenser la surface détruite en restaurant ou recréant 1,5 à 2 fois cette superficie ailleurs. Une contrainte considérable, d’autant que la compensation constitue le talon d’Achille des projets, souvent ciblé lors des recours juridiques des opposants.
Comment en est-on arrivé là ? Parce que la réforme de 2019 a été adoptée par amendement, donc sans étude d’impact préalable. Il faudra attendre une récente note sénatoriale alertant sur l’extension des zones humides pour que le législateur profite de la loi d’urgence agricole pour revenir sur le sujet.
Ce que change la loi d’urgence agricole
Pour sortir de cette impasse, la nouvelle loi introduit une dose de pragmatisme : le principe de proportionnalité. Désormais, un aménagement s’implantant sur une zone humide ayant totalement perdu ses fonctions naturelles (les fameuses zones « fantômes ») pourra être dispensé de compensation. Le texte prévoit bien sûr des garde-fous. Ce sera au porteur de projet de prouver, études à l’appui, l’absence absolue de fonctionnalité du milieu. Mais sur le terrain, face à la pression, ces garanties suffiront-elles à éviter les dérives ?
La question se pose d’autant plus que l’obstacle juridique est immense. En droit de l’environnement, le sacro-saint principe de « non-régression » interdit d’affaiblir une protection acquise. Avec cet assouplissement, le texte s’expose directement à la censure du Conseil constitutionnel ou du Conseil d’État, tout en attirant sur la France les foudres de l’Union européenne.
L’ironie de l’histoire est mordante. En 2019, un simple changement de ponctuation, poussé par les ONG écologistes dans l’indifférence parlementaire totale, a classé un tiers du pays sous une étiquette inadaptée. En voulant sanctuariser jusqu’aux vestiges de marais disparus, le système s’est piégé lui-même, rendant tout retour à la normale presque irréalisable. Face à cette usine à gaz bureaucratique, une question s’impose : plutôt que de s’écharper sur la compensation de champs asséchés, ne ferait-on pas mieux de concentrer nos moyens pour protéger les vraies zones humides qui, elles, respirent encore ?