Microsoft gets tired of “Microslop,” bans the word on its Discord, then locks the server after backlash
(Permalink)
Face aux caprices d’un climat de plus en plus imprévisible et à l’appétit vorace de ravageurs impitoyables, l’Éthiopie s’apprête à tourner une page décisive de son histoire agraire. Le pays de la Corne de l’Afrique entame la commercialisation à grande échelle du maïs TELA, une variété hybride OGM qui agit comme une véritable « bouée de sauvetage » pour les producteurs locaux. Il s’agit de la première culture vivrière transgénique destinée à la consommation humaine autorisée sur le territoire éthiopien.
Le feu vert, matérialisé par un permis environnemental d’une durée de dix ans, s’impose comme une réponse à une double menace qui asphyxie les petits exploitants du pays. D’une part, les épisodes de sécheresse qui frappent la région et déciment régulièrement les récoltes, menaçant la sécurité alimentaire d’une population dépendante de cette céréale de base. D’autre part, les champs éthiopiens sont le théâtre d’une invasion destructrice : celle de la chenille légionnaire d’automne. Ce nuisible redoutable a transformé la culture du maïs en un parcours du combattant, imposant aux agriculteurs des traitements chimiques onéreux et souvent hors de portée.

C’est sur ce front qu’intervient le maïs TELA. Fruit d’un partenariat public-privé coordonné par la Fondation africaine pour les technologies agricoles (AATF), cette variété hybride agit comme une forteresse biologique. Génétiquement repensée pour exprimer des protéines protectrices, elle offre une résistance innée contre ces insectes dévastateurs, tout en bénéficiant d’une forte tolérance au stress hydrique. En pratique, grâce à un gène issu de la bactérie naturelle Bacillus thuringiensis, ce maïs sécrète une substance qui détruit spécifiquement le système digestif de la chenille lorsqu’elle tente de le dévorer, tout en garantissant une innocuité totale pour l’homme, le bétail et les insectes pollinisateurs.
Alors que les semences sont déployées dans six grandes zones agro-écologiques du pays pour des démonstrations en plein champ, l’espoir renaît dans les campagnes. Les promesses agronomiques sont spectaculaires : en combinant la résistance à la sécheresse et la protection contre les insectes, les essais démontrent une capacité à préserver les récoltes là où le rendement s’effondre de 60 % chez les cultures classiques en conditions hostiles !
Avec cette initiative, l’Éthiopie emboîte le pas à d’autres nations pionnières du continent, à l’instar de l’Afrique du Sud, du Kenya et du Nigeria, affirmant ainsi sa volonté de s’appuyer sur les biotechnologies pour garantir sa souveraineté alimentaire.
Le rat de laboratoire est-il en passe de prendre sa retraite ? Longtemps considérée comme le passage obligé de la recherche biomédicale, l’expérimentation animale vit aujourd’hui une révolution silencieuse. Selon Nature, les études scientifiques portant sur sept principales maladies et s’appuyant exclusivement sur les « nouvelles approches méthodologiques » (NAM) sont désormais trois fois plus nombreuses que celles recourant encore aux modèles animaux…

Derrière l’acronyme NAM se cache un arsenal technologique de pointe : organes sur puce, organoïdes (des mini-organes cultivés en 3D), modélisation informatique et intelligence artificielle. Et si les préoccupations éthiques concernant le bien-être animal ont longtemps alimenté le débat, c’est aujourd’hui le pragmatisme scientifique qui précipite cette transition.
En effet, le modèle animal montre souvent d’importantes failles prédictives. Les statistiques sont cruelles : environ 86 % des médicaments expérimentaux validés chez l’animal échouent lors des essais cliniques sur les humains ! L’exemple de la septicémie est symptomatique : plus d’une centaine de traitements jugés prometteurs chez les rongeurs se sont révélés totalement inefficaces chez l’homme, trahissant un fossé immunologique insurmontable.
Face à cette impasse, la technologie moderne offre des substituts d’une précision inédite, capables d’imiter fidèlement la biologie humaine. Des dispositifs comme les « puces hépatiques » (de la taille d’une clé USB et tapissées de véritables cellules humaines) identifient la toxicité de nouveaux médicaments avec une fiabilité bien supérieure aux tests classiques. En parallèle, l’IA repousse les limites de la modélisation : le modèle AnimalGAN, par exemple, peut simuler avec justesse les réactions biologiques à des milliers de composés chimiques !
Convaincues par cette fiabilité accrue, les agences réglementaires mondiales, de la FDA américaine à la Commission européenne, adaptent leurs législations pour faire du test sur l’animal l’exception plutôt que la norme. La science médicale s’écrira de plus en plus « in silico ».
Longtemps reléguée au rang de lointain mirage, la fusion nucléaire – cette promesse d’une énergie propre, sûre et inépuisable reproduisant le cœur des étoiles – est, semble-t-il, en passe de franchir le mur de la réalité industrielle. Preuve que l’écosystème énergétique mondial est en pleine ébullition, un accord sans précédent vient d’être scellé en février 2026 pour construire la toute première centrale à fusion commerciale d’Europe, en Allemagne.
Ce projet est porté par Proxima Fusion, une audacieuse start-up issue de l’Institut Max-Planck de physique des plasmas, qui a su rallier à sa cause le géant européen de l’énergie RWE et le Land de Bavière. Une première installation de démonstration, baptisée « Alpha », doit voir le jour à Garching dans quelques années pour prouver la capacité à générer un gain énergétique net. Elle laissera ensuite sa place à « Stellaris », centrale commerciale qui sera érigée sur l’ancien site nucléaire de Gundremmingen, la connectant directement au réseau électrique européen.
Pour réaliser cet exploit, Proxima Fusion parie sur la technologie du « stellarator », une architecture complexe d’aimants supraconducteurs qui permet de confiner le plasma à plus de 100 millions de degrés °C, avec une stabilité jugée supérieure à celle des célèbres réacteurs de type tokamak (comme celui d’ITER). Cet élan bénéficie d’un soutien financier majeur, la Bavière ayant acté un investissement potentiel de 400 millions d’euros pour propulser ce projet.
Surtout, cette annonce européenne spectaculaire s’inscrit dans une véritable frénésie mondiale. La quête de la fusion s’accélère sur tous les continents : aux États-Unis, les milliards affluent vers des poids lourds privés comme Commonwealth Fusion Systems, tandis qu’en Asie, la start-up chinoise Startorus Fusion vient tout juste de lever la somme record de 143 millions de dollars. L’Hexagone n’est pas en reste : la pépite grenobloise Renaissance Fusion, soutenue par le CEA et le plan France 2030, a obtenu 32 millions d’euros pour accélérer la conception de son propre stellarator. Partout, la domestication du feu stellaire n’est plus une question de « si », mais de « quand ». Mais surtout de déterminer qui sera le premier.
Transmise par les tiques, la maladie de Lyme est souvent guérie grâce à une simple cure d’antibiotiques. Un sujet ayant fait naître de nombreuses polémiques entre ceux qui considèrent l’existence d’une persistance de la maladie après traitement et le relatif consensus médical, qui pense que l’infection est bien éradiquée malgré la réactivation potentielle de certains symptômes. Mais pour ceux qui sont touchés par ce prolongement douloureux, c’est un véritable cauchemar qui s’installe dans la durée. Le syndrome post-traitement de la maladie de Lyme (PTLDS) se traduit par une fatigue écrasante, des douleurs articulaires chroniques et un « brouillard cognitif ». Face à une errance médicale démunie de traitements efficaces, une piste inattendue vient d’émerger des prestigieux laboratoires de l’université Johns Hopkins : la psilocybine.
Longtemps reléguée aux marges de la contre-culture (les « champignons magiques »), cet hallucinogène est en train de gagner ses lettres de noblesse cliniques. Une étude pionnière menée par Johns Hopkins sur 20 adultes souffrant d’un syndrome de Lyme post-traitement vient de livrer des résultats particulièrement encourageants.
Le protocole, encadré par un dispositif médical strict, a consisté à administrer cette molécule psychoactive lors de séances de psychothérapie assistée. Les conclusions sont frappantes : les chercheurs ont observé des bénéfices cliniques significatifs, mais aussi et surtout durables. Les patients ont rapporté une amélioration globale de leur qualité de vie, une baisse de l’anxiété et de la détresse psychologique liées à la chronicité de leur état, ainsi qu’une meilleure gestion de la fatigue et de la douleur physique, et ce bien au-delà de la phase active du traitement.
Si les mécanismes biologiques précis exigent encore d’être affinés, les scientifiques estiment que la psilocybine favorise sans doute la neuroplasticité. Elle permettrait donc au cerveau de « réinitialiser » certains réseaux neuronaux dysfonctionnels, brisant la boucle infernale de la sensibilisation centrale à la douleur et de la détresse qui emprisonne les malades.
Bien qu’il s’agisse d’une cohorte restreinte appelant à la réalisation de futurs essais cliniques de grande ampleur, cette avancée est majeure. Elle prouve que la « renaissance psychédélique » ne se cantonne plus aux seuls troubles psychiatriques (comme la dépression ou le stress post-traumatique), mais qu’elle pourrait bien détenir la clé de pathologies somatiques complexes.

La prise en charge de la douleur chronique est l’un des plus grands défis de la médecine. Jusqu’à présent, l’approche médicale a privilégié les opioïdes, avec tous leurs avantages, mais aussi leurs inconvénients : effets secondaires, accoutumance, épidémie d’overdoses à l’échelle mondiale, etc. Cherchant une alternative, la biotech SereNeuro Therapeutics vient de dévoiler une approche radicalement novatrice : neutraliser la douleur à la source, grâce à la biologie.
Leur percée repose sur un concept ingénieux. Plutôt que d’essayer d’éteindre le signal de la douleur une fois qu’il a atteint le cerveau, ces chercheurs ont créé une « éponge à douleur ». Le processus débute en laboratoire, où des cellules souches sont minutieusement cultivées et programmées pour se différencier en neurones sensoriels spécialisés dans la détection des signaux de la douleur.
Ils sont dotés d’une surface saturée de récepteurs ultrasensibles aux molécules inflammatoires. Une fois injectées ou appliquées sur une zone douloureuse (comme une articulation rongée par l’arthrose ou un nerf lésé), ces cellules agissent comme des leurres magnétiques. Telles des éponges biologiques, elles « absorbent » et capturent les médiateurs inflammatoires avant même que ceux-ci n’aient le temps de se lier aux nerfs du patient.
Le résultat préclinique obtenu est fascinant : privé de son carburant inflammatoire, le signal douloureux n’est tout simplement jamais transmis à la moelle épinière ni au cerveau. La douleur n’est plus ressentie. Cette stratégie thérapeutique d’avant-garde, si elle est confirmée par les essais cliniques, ouvrirait des perspectives pour les millions de personnes souffrant de neuropathies ou de rhumatismes chroniques.

En juillet 2024, une vidéo touchante a fait le tour du monde : Damien Gath, un Britannique de 52 ans diagnostiqué avec la maladie de Parkinson depuis 2012, y apparaît tremblant violemment en tentant de préparer un simple café. Quelques jours plus tard, après avoir reçu pour la première fois un médicament, le Produodopa, le même geste devient fluide, presque naturel. Sa femme avait filmé la différence avant/après, révélant un changement spectaculaire : les tremblements, réduits de plusieurs heures par jour à quelques minutes ; les douleurs, atténuées ; le sommeil, retrouvé ; et la possibilité de reprendre des activités ordinaires. Ce traitement, administré en continu via une petite pompe portable et une perfusion sous-cutanée, a marqué un tournant pour ce patient, premier dans les East Midlands à en bénéficier, et a popularisé cette innovation auprès du grand public.
Produodopa (ou Vyalev aux États-Unis) est une combinaison qui fournit en permanence une forme soluble de lévodopa – qui se transforme en dopamine dans le cerveau – associée à un inhibiteur pour prolonger son effet. Contrairement aux comprimés, qui provoquent des pics et des chutes, cette infusion stabilise les niveaux de dopamine, atténue les fluctuations motrices brutales, diminue les périodes invalidantes, les dyskinésies et améliore souvent le sommeil et la qualité de vie globale.
Depuis cette vidéo virale, le traitement a connu un déploiement rapide et des avancées confirmées. Mais la grande nouveauté est que le traitement bénéficie, depuis quelques semaines, d’une couverture Medicare, rendant l’accès plus large pour les patients éligibles.
L’autre nouveauté vient de la publication de l’étude observationnelle ROSSINI, dont les résultats intermédiaires montrent, en conditions de vie réelle, des améliorations stupéfiantes pour les patients, mesurées par des échelles validées. Une extension à long terme de l’étude se poursuit depuis le début de l’année pour évaluer les effets du médicament sur le temps long. Aujourd’hui, il s’impose comme une option intermédiaire précieuse entre les traitements oraux classiques et les approches plus invasives, comme la stimulation cérébrale profonde.
Vérifiez votre boite de réception ou votre répertoire d’indésirables pour confirmer votre abonnement.
Nous ne vous enverrons jamais de spam ni ne partagerons votre adresse électronique. Consultez notre politique de confidentialité.
L’article Électroscope #16 : Maïs OGM, fusion nucléaire et révolutions médicales est apparu en premier sur Les Électrons Libres.
Je suis cette ville que le peuple gaulois des Namnètes fonda vers le Ier siècle avant notre ère. Cette ancienne cité industrielle meurtrie par la fermeture de ses chantiers navals, qui a su opérer une mue spectaculaire. Cette ville que tout le monde voulait habiter et qui compte aujourd’hui environ 330 000 personnes.
Me voilà, comme les autres communes françaises, devant passer le test des élections municipales (15 et 22 mars). Elles verront ma maire sortante, favorite du scrutin, la socialiste Johanna Rolland, briguer un troisième mandat, à la tête d’une liste d’union de la gauche, hors LFI. Elle sera confrontée à Foulques Chombart de Lauwe, candidat de la droite et du centre soutenu par LR, Horizons, Renaissance et Modem, mais aussi à l’insoumis William Aucant, à Jean-Claude Hulot pour le Rassemblement national, à Margot Medkour, se présentant sous les couleurs de Nantes populaire (extrême gauche), et au centriste Mounir Belhamiti.
Niveau indicateurs économiques, ma croissance reste flatteuse, affichant +1,1 % par an sur les 10 dernières années, quatre fois plus que la moyenne nationale. Chaque semaine, je vois arriver près de 80 nouveaux venus.
Ce dynamisme tient à la jeunesse que j’aimante (âge médian : 33 ans), à mon pôle universitaire et à un marché tertiaire attractif. Mais si j’attire, je ne retiens plus forcément. Une partie significative des familles et des seniors s’éloigne vers la seconde couronne métropolitaine ou les départements voisins, chassée par le coût du logement.
Car ici comme ailleurs, le logement est devenu un nœud gordien. Mon parc social est saturé. Seules 19 % des demandes aboutissent, et à peine 12 % pour les ménages dont les revenus sont inférieurs à 500 euros par mois. Cette tension résulte d’un effet ciseau désormais bien établi : une baisse durable de la production de logements sociaux, conjuguée à une flambée des prix de l’immobilier ancien, qui ont progressé quatre fois plus vite que les revenus en vingt ans.
Article réservé à nos abonnés.
L’article Portrait de ville : Nantes, la désenchantée est apparu en premier sur Les Électrons Libres.
See https://curl.haxx.se/libcurl/c/libcurl-errors.html for description of the curl error code.
#0 index.php(73): RssBridge->main()
#1 lib/RssBridge.php(39): RssBridge->{closure:RssBridge::main():37}()
#2 lib/RssBridge.php(37): BasicAuthMiddleware->__invoke()
#3 middlewares/BasicAuthMiddleware.php(13): RssBridge->{closure:RssBridge::main():37}()
#4 lib/RssBridge.php(37): CacheMiddleware->__invoke()
#5 middlewares/CacheMiddleware.php(44): RssBridge->{closure:RssBridge::main():37}()
#6 lib/RssBridge.php(37): ExceptionMiddleware->__invoke()
#7 middlewares/ExceptionMiddleware.php(17): RssBridge->{closure:RssBridge::main():37}()
#8 lib/RssBridge.php(37): SecurityMiddleware->__invoke()
#9 middlewares/SecurityMiddleware.php(19): RssBridge->{closure:RssBridge::main():37}()
#10 lib/RssBridge.php(37): MaintenanceMiddleware->__invoke()
#11 middlewares/MaintenanceMiddleware.php(10): RssBridge->{closure:RssBridge::main():37}()
#12 lib/RssBridge.php(37): TokenAuthenticationMiddleware->__invoke()
#13 middlewares/TokenAuthenticationMiddleware.php(10): RssBridge->{closure:RssBridge::main():33}()
#14 lib/RssBridge.php(34): DisplayAction->__invoke()
#15 actions/DisplayAction.php(54): DisplayAction->createResponse()
#16 actions/DisplayAction.php(89): BlueskyBridge->collectData()
#17 bridges/BlueskyBridge.php(164): BlueskyBridge->getAuthorFeed()
#18 bridges/BlueskyBridge.php(633): getContents()
#19 lib/contents.php(104): CurlHttpClient->request()
#20 lib/http.php(185)
mruac
Paris, 20 février 2026. Le ministère des Armées vante une avancée de son pacte pour les drones aériens, signé en 2024, délégué à la start-up Harmattan AI. Résultat : 1 000 drones produits à moins de 1 000 euros. Mais à l’heure où la France proclame vouloir être prête à un conflit majeur « d’ici trois ou quatre ans », cette prouesse révèle aussi ses faiblesses. Le même jour, à l’autre bout de l’Europe, les armées ukrainienne et russe auront consommé entre 20 000 et 30 000 drones. Soit, en une matinée, l’équivalent de ce que produit toute l’industrie française en un an.
Kryvyi Rih, Ukraine, le soir même, à 60 kilomètres de la ligne de front. Avant d’aller se coucher dans le froid, une mère de famille laisse son smartphone allumé à la fenêtre de son immeuble. Une contribution à la défense collective de l’Ukraine : son appareil sert de détecteur acoustique au sein du réseau Sky Fortress, qui compte plus de 15 000 capteurs, pour la plupart des téléphones et micros montés sur des poteaux. Ceux-ci détectent des missiles et surtout des drones qui volent parfois trop bas pour les radars militaires. L’imprécision de ces capteurs en termes de localisation est compensée par leur nombre, qui permet – avec l’aide d’une intelligence artificielle – de trianguler rapidement la direction d’engins russes pour les intercepter.
Quelques jours plus tard, un agriculteur ukrainien reconnaît dans le ciel des drones russes fonçant vers Zaporijia et le notifie immédiatement sur l’application mobile ePPO. D’autres signalements de civils aident ainsi la défense à localiser et abattre la plupart des drones avant qu’ils n’atteignent la ville, où ils blesseront plusieurs enfants. Pendant ce temps, sur le front saturé par ces objets volants et des brouillages toujours plus intenses, le système Zvook monte en puissance et permet même de remonter jusqu’aux batteries d’artillerie russes et de les éliminer.
À travers tout le pays, ces remontées de terrain s’ajoutent à celles de quarante types de capteurs différents (radars, renseignement électronique, infrarouge, imagerie satellitaire ou encore flux vidéo). Elles sont ensuite traitées par des logiciels de fusion de données comme Virazh, développé dès 2014 et perfectionné notamment par un usage croissant de l’IA, et par le système d’information tactique Delta, incontournable dans le commandement ukrainien.
Quatre ans après l’invasion à grande échelle de leur pays par la Russie, telle est la base de la résilience des Ukrainiens : une défense totale, qui repose en partie sur la détermination de la population civile, qui vient au secours de l’armée. Et c’est cette approche qui a permis à l’Ukraine d’être aussi pionnière dans la révolution des drones.
Car, dès 2014-2015, face à des moyens limités, ce ne sont pas les structures étatiques traditionnelles qui ont porté la modernisation, mais la société civile qui a impulsé l’acquisition et l’adaptation rapide de drones, dont Kyiv avait déjà perçu l’intérêt pour surveiller le front « gelé » du Donbass et, dès les premières semaines de la guerre, pour contrarier une armée russe bien plus nombreuse.
Il en est ainsi du Bayraktar TB2, drone tactique turc dernier cri, capable de monter jusqu’à 7 000 mètres et armé de missiles air-sol, acquis en partie grâce à la campagne de crowdfunding « People’s Bayraktar » lancée en juin 2022 par « l’autre Zelensky », le comédien Serhiy Prytula, devenu chef de guerre. Il s’est illustré contre l’ennemi au point que les soldats ukrainiens lui ont dédié une chanson. Hélas, les Russes ont vite trouvé la riposte, notamment grâce à leurs systèmes de brouillage, le rendant vite obsolète. Et le Kremlin a rattrapé son retard et s’est muni de redoutables drones iraniens Shahed, obligeant des milliers de résidents de Kyiv à se réfugier dans les stations de métro pour dormir, souvent par des températures glaciales.
Mais les Ukrainiens ont repris leur avance avec d’autres appareils peu coûteux, dont les performances étonnent rapidement les observateurs occidentaux.
C’est notamment le cas avec le UJ-26 Bober (« castor »), d’une portée de près de 1 000 kilomètres, lui aussi financé par les dons de citoyens et produit en masse. En mai 2023, il réussit même l’exploit de frapper Moscou.
Toujours sur la base du système D, l’année suivante, Kyiv recycle des ULM pour en faire des drones capables de porter 500 kilogrammes de charge utile à plus de 1 200 kilomètres. Avant que d’autres ne commencent à matraquer les raffineries russes à plus de 1 300 kilomètres de la frontière l’année suivante.
Ces drones font d’une pierre deux coups : ils affaiblissent sévèrement l’industrie pétrolière adverse et montrent à Poutine la vulnérabilité de son territoire. Les défenses aériennes russes sont dépassées à la fois par les caractéristiques des appareils, difficiles à détecter et à intercepter, et par la dispersion des sites à couvrir sur un territoire immense.
Le mélange de simplicité technique et de génie tactique des dronistes ukrainiens se retrouve dans des exemples moins spectaculaires, mais non moins utiles. Coûtant l’équivalent de 500 euros, le Chaïka (« mouette ») est fait de très léger balsa, utilise un moteur de tondeuse à gazon et s’avère capable de délivrer 3,5 kilogrammes d’explosifs à plus de 700 kilomètres. Les Ukrainiens les recouvrent d’aluminium pour amplifier leur écho radar, au point que les Russes les confondent avec des appareils bien supérieurs. Du bricolage en guise de stratégie efficace.
Il en est de même sur le plan naval. Privée de navires dès le premier jour de la guerre, l’Ukraine leur a substitué une flotte de drones pour conduire la première attaque navale de surface de l’histoire, endommageant plusieurs navires russes.
Parmi les prouesses de cette véritable guerre asymétrique que mène l’Ukraine en mer Noire, en 2025, un drone MAGURA V7 d’une valeur de 250 000 euros a abattu un chasseur russe Su-30 coûtant 50 millions de dollars. La même année, un autre type d’engin a détruit à quai un sous-marin russe de classe Kilo, justifiant la stratégie ukrainienne et sa volonté de valoriser ses entreprises innovantes.
La mobilisation de ces sociétés a permis à Kyiv de faire exploser sa production de drones. Celle-ci est passée de 5 000 unités en 2022 à 300 000 en 2023, dépassant les 2 millions l’année suivante et les 4,5 millions en 2025, visant une production de 7 millions cette année, contre quelques milliers pour la France, donc. La filière ukrainienne des drones regroupe désormais plus de 900 entreprises de tailles très variables.
Des brigades aux start-up, le savoir-faire des dronistes ukrainiens se perfectionne ainsi grâce à des boucles courtes. Mais leur ennemi n’est pas en reste. Malgré ses rigidités, la Russie s’adapte constamment, opposant rapidement des contre-mesures à la moindre innovation des Ukrainiens, qui doivent rapidement progresser en retour. Ce qui n’est pas toujours suffisant.
Car, s’il est un domaine où la Russie excelle et a vite compliqué la tâche des drones ukrainiens, c’est celui de la guerre électronique, à travers le brouillage de la navigation.
De plus en plus de soldats ukrainiens et russes portent des sacs à dos équipés de brouilleurs avec des antennes réglées sur plusieurs fréquences. C’est aussi le cas de drones terrestres pouvant désorienter ceux de l’ennemi. De quoi conduire les deux belligérants à s’équiper de drones à fibre optique. Une innovation majeure introduite par les forces du Kremlin. Guidés par des câbles, ces appareils résistent au brouillage et sont indétectables par le renseignement électronique, car ils n’émettent pas de signature.
Entre autres parades rudimentaires mais efficaces, les Ukrainiens déploient au sol des duos de pylônes reliés par un fil barbelé, qui tournent grâce à un moteur et coupent les câbles. Une autre solution consiste, pour les combattants, à se déplacer dans des pick-up à toit ouvert et à abattre les drones au fusil à pompe, plutôt que dans des véhicules blindés où ils risquent d’être brûlés vifs. C’est ce que s’acharnait à faire Oleksandr Hordienko, un agriculteur et député du conseil régional de Kherson. Il a abattu plus de 80 drones russes avec son fusil après que les Russes eurent détruit ses tracteurs, sa voiture et sa maison. Il a hélas lui-même été tué par un drone en septembre dernier, alors qu’il travaillait dans ses champs, refusant de quitter ses terres.
Les drones ne représentaient au début de la guerre qu’une infime part de l’origine des pertes humaines et matérielles, la plupart étant dues à l’artillerie. Moins d’un an plus tard, 80 % des morts pouvaient leur être imputées. Mais jusqu’au début de 2024, elles concernaient surtout la ligne de front. La situation a depuis complètement changé.
Désormais, la « kill zone » s’étend jusqu’à 25 kilomètres derrière la ligne de contact entre les deux armées. Le quadrillage permanent du ciel par les drones a débouché sur une transparence du champ de bataille inédite dans l’histoire, compliquant la moindre manœuvre, et plus encore l’idée de surprise tactique. À hauteur d’homme, s’abriter derrière un mur ou un arbre, avancer dans un fossé ou rampant, est de peu de secours face à la mort venue d’en haut, les drones s’immisçant jusque dans les forêts ou les ruines, malgré leurs limites.
Car ils rencontrent encore des obstacles et des limites. À commencer par les éléments naturels, ainsi que l’a expliqué le sergent Dimko Zhluktenko à Business Insider en janvier : « La fin octobre a été un désastre. L’Ukraine devient brumeuse en automne, avec des nuages épais et bas […] Ils sont si épais qu’aucune caméra infrarouge ni thermique ne peut voir à travers, et pendant de nombreux jours, il a été totalement impossible de faire voler nos drones. À ce moment-là, les Russes ont profité des nuages, les utilisant pour couvrir leur avance à pied et en véhicules. » Il en est de même de la pluie et de la nuit, faute de matériel adapté en nombre suffisant. D’où le recours de plus en plus constant à l’intelligence artificielle, permettant d’améliorer la navigation des engins et leur capacité de reconnaissance de l’ennemi. Si les Ukrainiens s’interdisent de déléguer à l’IA la décision de tuer, chaque frappe étant validée par un humain, les Russes ne respectent pas cette règle et développent des essaims d’engins intelligents, qui devraient s’avérer redoutables sur le champ de bataille.
Pour le moment, les drones ne remplacent pas les soldats au sol lorsqu’il s’agit de tenir, de prendre ou d’occuper le terrain. Mais cette partie d’échecs entre les deux pays accélère la transition vers un nouvel âge de la guerre. Où les êtres humains seront progressivement marginalisés ?
Aurélien Duchêne est géopoliticien, spécialiste de la Russie. Dernier ouvrage paru : La Russie de Poutine contre l’Occident, Editions Eyrolles, 2024.
L’article Ukraine : la guerre des drones est apparu en premier sur Les Électrons Libres.